Été 67, vie new-yorkaise, petits parapluies dans le piano

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Citation : Tom Wilson, le producteur de Frank Zappa pour la MGM, en novembre 1967 : « Zappa, sans exception, est le plus grand talent sur lequel je suis jamais tombé. En dépit de son début assez lent en Angleterre, il va devenir très grand, notez ce que je dis. Je reviens tout juste de Copenhague, où les Mothers ont fait une apparition, et déjà ils y font sensation ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°09 - 58’09’’

Après l’enregistrement express d’Absolutely Free, le second album des Mothers of Invention, le tout nouveau couple Zappa et les Mothers partent pour New York, où ils ont un contrat d’une semaine au Garrick Theater, à compter du 26 novembre 1966. Leur succès est tel, qu’ils vont finalement jouer jusqu’au Jour de l’An. Puis, c’est à Montréal qu’ils donnent deux semaines de concerts, avant de s’en retourner vers la Californie au mois de janvier 1967.

Pour une fois, le retour à Los Angeles est une douche froide. Entre la fin 66 et le début 67, les services de police déclarent la guerre à tous les Freaks qui traînent sur Sunset blvd. Tous les week-ends, des gens sont arrêtés et gardés au poste pour la nuit, sans être pour autant inculpés de quoi que ce soit, si ce n’est d’avoir les cheveux longs. La flicaille garde sous surveillance constante les restaurants et les cafés que fréquentent tous ces jeunes chevelus, tels le Cantor’s Deli à Fairfax ou le restaurant de Ben Frank, sur Sunset blvd. En ce qui concerne le Wisky a go-go, les autorités vont menacer son propriétaire Elmer Valentine de lui retirer sa licence s’il continue à programmer des concerts à cheveux-longs dans son établissement.

Alors, pour les groupes, Los Angeles commence à sentir le poisson pourri, et il devient de plus en plus difficile de trouver un bar où jouer. Frank Zappa continue d’écrire constamment, et c’est en 11 jours qu’il noircit suffisamment de papier pour réunir le matériau de base de ce qui sera le troisième album des Mothers of Invention, Lumpy Gravy (sauce aux grumeaux).

(...)

Citation : Frank Zappa, à propos de Lumpy Gravy, le troisième album : 
- « C’était vraiment bizarre. Au moment où Capitol m’a demandé de le faire, La MGM ne m’avait jamais demandé, n’avait jamais demandé à personne de faire de la musique ‘sérieuse’, ou quelque possible variation du format ordinaire du rock’n’roll. Capitol se sont pointés et m’ont demandé d’écrire quelque chose pour orchestre ! Mon contrat avec la MGM était un contrat de producteur et non d’artiste tout d’vait donc bien s’passer, mais la MGM a alors menacé de poursuivre Capitol, qui a menacé à son tour de poursuivre la MGM... En fin de compte, ils se sont dit qu’ils avaient besoin l’un de l’autre, car la MGM avait un contrat de distribution avec le Capitol record club. Tout s’est terminé comme dans tout bon vieux business américain, la MGM a racheté le master à Capitol pour le vendre sous son nom ! Tout’façon, à cette époque, j’étais déjà furieux contre la MGM ».

Et il en a, Frank Zappa, des raisons d’être pas content. La MGM refuse d’imprimer les textes des chansons d’Absolutely Free (le second album), les trouvant trop… dangereux.

La compagnie considérait que l’on pouvait chanter n’importe quoi sous le couvert de la création artistique tant que cela restait sonore. Mais que s’il s’agissait d’imprimer les paroles des chansons, sur la pochette qui plus est, c’était différent : le texte cessait d’être une chanson et pouvait paraître subversif, pornographique évidemment (yuuk !), voire… mêmeuh... politique.

Et quand le livret sera finalement imposé par Frank Zappa, la censure s’imposera aussi. Brown shoes don’t make it sera l’objet d’un épisode qui sera une leçon pour Zappa. Concernant la phrase elle veut faire des trucs cochons sur la pelouse de la maison blanche (littéralement elle veut faire la méchante (nasty) des gens de la MGM vont dire à Frank Zappa : « écoutes… tu sais – toi et moi nous savons très bien – que faire la méchante ne peut vouloir dire qu’une chose : chier sur la pelouse de la maison blanche ! »

(...)

Citation : « Je ne crois pas que nous ayons eu un seul public qui se soit attendu à ce qu’il a eu »

L’été 1967, pour les Mothers of Invention, c’est donc à New York que ça se passe, dans ce Garrick Theater tout en longueur et étroitesse qui ne peut accueillir que 300 personnes.

Frank et Gail Zappa, avant de pouvoir trouver un appartement, vont loger dans un hôtel de la 11ème rue, le Van Rensselaer, et Zappa se souvient qu’alors qu’il mettait la main à une mouture de la pochette officieuse d’Absolutely Free, au dernier étage de cet hôtel crasseux, il avait toutes les peines du monde à se débarrasser d’une suie qui recouvrait tout, de sa feuille de dessin jusqu’aux bouteilles de lait que l’on pouvait laisser dehors pendant une semaine en ce printemps New-Yorkais particulièrement glacial. C’est une entreprise du nom de Con Ed semble être à l’origine de cette panade, qui va même inspirer un mouvement de protestation à l’initiative des Fugs, un groupe de l’époque, qui vont encourager les gens à envoyer par la poste leur crottes de nez au siège de cette compagnie en signe de protestation, ou de vengeance.

La vie new-yorkaise passe plutôt mal pour les Zappa. En Californie, ils louaient à Laurel Canyon, pour 200$ par mois, une petite maison avec deux chambres, un garage, une cheminée et un bout de jardin, entouré d’arbre. Pour la même somme, l’appartement que trouve Gail est un brin moins accueillant.

(...)

Citation : « Beaucoup de personnes viennent à mes concerts parce qu’ils veulent voir quelque chose ; ils veulent en fait qu’on leur fasse quelque chose ».

Durant cet été 67, la vie à New York, et surtout à Greenwich Village, semble particulièrement absurde à Frank Zappa. N’importe quelle rumeur, aussi stupide soit-elle, finit invariablement par devenir une réalité pour les babos du Village. Et à un moment donné, la rumeur circula que des hippies avaient tué un marine. Alors des histoires se propagèrent selon lesquelles les marines allaient descendre en ville pour tuer tous les hippies. Tous ceux qui ressemblaient à des hippies n’avaient d’yeux que pour ceux qui pouvaient ressembler à des marines, et comme on se doutait bien que ces derniers ne viendraient pas forcément en uniforme, la suspicion concernait tous ceux qui avaient les cheveux trop courts ou les ongles propres.

Au beau milieu de tout a, les Mothers of Invention jouent au Garrick Theater, six soirs par semaine...

titre album durée
Lumpy Gravy part 1 Lumpy Gravy extrait 5’18’’-9’17’’
Uncle Bernie’s farm Absolutely Free 2’11’’
Brown shoes don’t make it Tinseltown rebellion 7’
Big Leg Emma Zappa In New York 2’17’’
Little umbrellas Hot Rats 3’03’’
Lumpy Gravy part 2 Lumpy Gravy extrait : 0’00’’-5’28’’
I don’t wanna get drafted You are what you is 3’24’’
Purple Haze / Boléro The Best Band You Never Heard In Your Life 2’27’’ / 5’33’

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)