1966 : amours et déboires avec la MGM

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57’48’’

Citation : « La toute première tournée des Mothers of Invention eu lieu en 1966, à une époque où pratiquement personne en dehors de Los Angeles ou San Fransisco n’avait les cheveux longs. Nous étions tous des mecs pas beaux avec des fringues bizarres et des cheveux longs : pile poil ce que le monde du spectacle attendait. »

LE REQUIN BARJOT V3 N°8 - 57’48’’

Parallèlement à l’élaboration du premier album des Mothers of Invention, ce premier double 33t de l’histoire du rock qui sera dans les bacs en juillet 66, Frank Zappa et ses acolytes vont, au mois de mai, faire l’ouverture du Exploding Plastic Inevitable de Andy Warhol, avec le Velvet Underground et son incontournable Nico. C’est au Trip, à Los Angeles, que l’action se passe, et comme ils sont chez eux, les Mothers sont acclamés par un public qui va siffler les Velvets dont le sombre accoutrement new-yorkais ne cadre pas vraiment avec l’extravagance des freaks californiens.

Lors de cette soirée, on compte parmi les spectateurs des noms connus ou en passe de le devenir, comme Jim Morisson (encore étudiant à l’UCLA Film School), Sonny & Cher, les Byrds et Mama Cass. Et c’est à cette occasion que Lou Reed, qui ne lit pas plus entre les lignes qu’il n’aime à rire de lui-même, va développer une haine lancinante à l’égard de Frank Zappa, ce même Frank Zappa qui avec ses Mothers, va se permettre l’outrecuidance de singer le Velvet sur scène, au cours d’un des numéros de leur concert.

Un Lou Reed qui exprimera son mécontentement sans ambages ni miroir : 
- « Il est probablement la seule personne aussi dénuée de talent que je n’ai jamais entendue. Il est insignifiant, prétentieux, académique, et il ne sait pas jouer de rock’n’roll, parce que c’est un loser. Et c’est pour ça qu’il s’habille drôlement. Il n’est pas heureux avec lui-même et je crois qu’il a raison ».

On se demande bien comment les deux groupes auraient tenu le mois entier sans qu’il n’y ait d’embrouilles, si le sheriff n’avait pas décidé de fermer le Trip après seulement trois jours du mois prévu. Quoi qu’il en soit, mis à part une dernière scène commune, Frank Zappa et la bande à Warhol s’éviteront à l’avenir.

L’avenir immédiat des Mothers of Invention, c’est leur première tournée.

(...)

Citation : Frank Zappa en 1968 « Il y a une différence entre les hippies et les freaks. Les hippies se foutent de leur aspect, alors que les freaks s’en soucient horriblement. Leur image et leur packaging sont une partie importante de leur mode de vie. Bon, je n’ai pas dit aux musiciens comment s’habiller, mais je leur ai suggéré de s’habiller conformément à la musique que nous faisions. Vu notre musique, on ne pouvait pas s’habiller comme ceux qui étaient de vraies pompadours. Il a fallu un an à certain d’entre eux. Il faut comprendre qu’il y avait des gars qui vivaient à Orange County, et qui avaient peur de rentrer chez eux s’ils avaient l’air trop bizarres. Après un moment, ils ont cédé. L’apparence d’un groupe est liée à la musique qu’il fait de la même manière que la pochette est liée au disque qu’elle contient, et mieux le packaging est fait, plus la personne qui l’a acheté l’appréciera. »

La deuxième date de cette mini tournée que l’on peut situer en mars ou avril 66 va emmener les Mothers à Detroit, encore pour un spectacle télévisé à deux balles, où le producteur de l’émission va demander à Frank Zappa et à son groupe de faire quelque chose de complètement pervers : jouer en play-back.

Le producteur va dire à Frank Zappa. « On va faire un play-back de votre tube » Zappa répond « on a pas de tube ». Mais le gars de la télé va insister, comme quoi que « même si c’est pas un tube, on va faire un play-back quand même ». Frank Zappa va alors lui demander s’il y a un accessoiriste, et devant l’affirmative, va aller réunir tout un tas d’objets hétéroclites, et mettre en place une sorte de décor. Puis il va dire aux musiciens de se contenter de choisir une action physique, et de la répéter ‘en boucle’, sans nécessairement avoir un rapport avec les paroles ou être synchro avec la chanson.

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Citation : Frank Zappa, à propos de sa rencontre avec sa deuxième et dernière femme : « On m’a présenté une fascinante petite renarde du nom d’Adelaïde Gail Sloatman. Ca a pris quelques minutes, mais je suis tombé (ne riez pas) amoureux, et on a commencé à vivre ensemble ».

(...)

C’est à peu près à la fin de l’été 66 que Frank Zappa rencontre Adelaïde Gail Sloatman. Elle travaille comme secrétaire au Whisky a-go-go, et elle va rapidement emménager avec Frank Zappa, et les trois autres filles avec lesquelles il partage l’appartement. C’est l’année d’après, en 1967, qu’ils se marierons à New York, quelques jours à peine avant le départ des Mothers of Invention pour leur première tournée européenne. Gail est enceinte de presque neuf mois, et ils arrivent tout juste avant la fermeture de la mairie. Sur le comptoir d’accueil, un distributeur de certificats de mariage vierges vendus avec un stylo à bille où sont imprimés les félicitations du maire. Frank Zappa met les dix cents dans la fente, et ils se précipitent tous les deux vers les cabines de mariage, toutes tapissées de vert, avec pupitre en formica et pendule accrochée au mur.

(...)

Citation : « Quand vous enregistrez pour un label, vous travaillez toujours sur leur budget, sur leuremploi du temps. Quand le budget est consommé, c’est fini. Et si le master n’est pas bon, ils n’en ont rien à foutre, ils le sortent de toute façon. Pour eux, ça n’est qu’un produit ».

Pour respecter le budget, les horaires d’enregistrement imposés par la MGM pour ce deuxième album des Mothers of Invention, Absolutely Free, sont ridicule pour Frank Zappa, des horaires qui vont l’empêcher de rien parfaire, une situation typique du genre d’encacaoutage avec lesquels Frank Zappa va devoir composer jusqu’à qu’il ait un studio à lui tout seul.

Et comme si cela ne suffisait pas, des rumeurs viennent jusqu’aux oreilles de Frank Zappa. Il y aurait des problèmes chez la MGM. En cette fin d’année 1966, la MGM produit et distribue un des plus gros succès discographiques du moment, la bande originale du film Dr Jivago. Ce qu’entend dire Frank Zappa, c’est qu’au moins 250.000 albums de cette bande originale ont disparus de l’unité de pressage, avec semble-t-il beaucoup d’autres albums de la MGM, dont ceux des Mothers. La rumeur fait état d’une arnaque, surnommée le trop plein du pressage. Quand la MGM ordonne le pressage de disons 2000 disques, quelqu’un (on ne sait pas qui), dit à l’opérateur d’en presser le double, et cet excédent est récupéré ni vu ni connu, pour être redistribué à des marchands complaisants, ou échangés contre le produit d’un quelque autre traffic.

titre album durée
Touring can make you crazy 200 Motels 2’54’’
Go cry on somebody else’s shoulder Freak Out ! 3’31’’
How could I be such a fool Freak Out ! 2’12’’
Penis Dimension 200 Motels 4’37’’
What will this evening bring me this morning ? 200 Motels 3’29’’
Planet of my dreams Them or Us 1’40’’
Brown Shoes don’t make it Absolutely Free 7’30’’

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)