1971 : Immortelle radonnée sur la route des 200 Motels

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59’48’’

Citation : « Les gens qui n’ont jamais été dans un groupe de rock entretiennent les fantasmes les plus ridicules sur ce que la vie sur la route peut-être enchanteresse et excitante, et combien c’est une gratification perpétuelle. C’est pas que je me sois pas marré ici ou là, mais disons franchement que le pourcentage n’est pas si élevé que ça. »

LE REQUIN BARJOT V3 N°18 - 59’48’’

Avec 11 albums déjà réalisés, Frank Zappa reprend, fin 70, le chemin de la route, cette route dont il espère bien porter à l’écran les 200 motels par lesquels le groupe a passé depuis cinq ans. En septembre 70, après la sortie de Chunga’s Revenge, il n’est pas encore question officiellement de quelque film que ce soit, mais bien l’heure de faire tourner son groupe pour un presque rodage de quelques milliers de kilomètres.

Du 5 au 8 novembre, ils sont au Fillmore West de San Fransisco, les 13 et 14 au Fillmore East de New York, un concert durant lequel ils vont interpréter une partie de la musique de 200 Motels. Une partie d’à peine quarante minutes, à propos de laquelle Frank Zappa déclare le lendemain :
- « L’entière séquence de 40 minutes de 200 motels que nous avons interprétée à été apprise en 50 heures ; 10 jours, cinq heures par jour dans une salle de répétition, de 16 à 21 heures. (…) Joni Mitchell est venue jouer avec nous hier soir, et nous avons improvisé quelque chose de très bon. Nous avons fini avec elle qui chantait ce poème, Duke of earl. C’était dingue, elle est arrivée sur scène, à pris le micro et a dit ‘OK, bon maint’nant on va improviser ce truc’… alors on a fait quelques accords et elle a commencé à réciter son poème, qui commençait par Penelope wants to fuck the sea (Pénélope veut baiser la mer). Là, le public a fait un double Yuuuk ! Un silence est tombé sur le Fillmore… Joni Mitchell ? ? ! ! ».

Eh oui, Joni Mitchell. La tournée se poursuit pour encore deux dates américaine, à Minneapolis et Columbus, puis se poursuit en Europe, via Liverpool, Manchester, Londres, Stockholm… et c’est là qu… houla attention, voilà un boogie de transylvanie ! !

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Cette tournée européenne passe donc par Stockholm, le 1er décembre 1970, en plein hiver. Après deux soirs de concert, Frank Zappa sort de la salle quand il tombe sur deux petits jeunes qui viennent se louer d’avoir vu les deux concerts, et qui lui disent qu’ils ont une super idée, mais qu’ils se demandent s’il va être partant.

Ils lui expliquent qu’ils ont un petit frère qui s’appelle Hannes, qui est venu au premier concert, mais qui a du rentrer, car il a école demain. Alors ils lui demandent s’il ne veut pas venir chez leur parents en pleine nuit, se glisser dans la chambre de Hannes et le réveiller en faisant :
- Hannes ! Hannes !, réveilles-toi, c’est moi, c’est Frank Zappa ! !

"Ok, je l’ferai" répondit l’intéressé.

Il se retrouve dans une chambre typique remplie de maquettes, et réveille Hannes, qui, comme prévu, est très très étonné de voir Frank Zappa. Les parents aussi, mais c’étaient des gens très gentils, et ils sont restés à discuter politique jusqu’à 5h30 du matin.

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Citation : extrait de la conférence de presse de janvier 1971, à l’annonce de la sortie prochaine du film 200 Motels « En ce qui concerne notre casting, nous voulions avoir Donovan dans le rôle de la bonne conscience, et Ginger Baker dans le rôle de la mauvaise, mais ça n’a pas marché. Cela fait quatre ans que nous travaillons dessus. »

Quatre ans que Frank Zappa et ses musiciens travaillent sur ce projet, ce film qui raconte la vie du groupe en tournée, avec ses nombreux aléas dont les journalistes eux-mêmes font partie.

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Zappa annonce, que cette année 71 sera entièrement consacrée au tournage du film, si ce n’est pour une tournée de dix dates en mai, et un festival pop à Cologne, en août. Le film va être réalisé en Angleterre, et le 8 février, est prévu un concert de Frank Zappa avec le Royal Philharmonic de Londres, pour jouer la musique de 200 Motels. Et quelle n’est pas la surprise des 4000 fans venus y assister, de voir que le concert est annulé sur décision du Royal Albert hall, sous le prétexte que certaines paroles sont inacceptables, ce qui donnera suite à un autre procès à rallonge. C’est la directrice de la salle qui est à l’origine de l’interdiction, et Frank Zappa y va de son commentaire en 1973, quand on lui demande pourquoi il a été interdit au Royal Albert hall : « Parce que la femme qui le dirige est folle. C’est une vieille femme, très prude, et très malade. Elle nous a donné une liste de 12 mots que nous ne pouvions pas dire sur scène. L’un d’eux était soutien-gorge, alors vous voyez où elle en est. Il y a environ une douzaine d’autre groupe qui sont interdit au Albert ».

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Le tournage du film débute donc en Angleterre, au Pinewood film studios, en février 71. En avril et en mai, les overdubs sont enregistrés aux Whitney studios de Glendale, Californie ; et coup de bol, United Artists acceptent de soutenir ce film à hauteur de 360.000$ sans faire les habituels chichis. La somme peut paraître importante, mais la moindre production cinématographique de l’époque coûte au moins le double, et c’est en réalité en réussissant l’exploit de négocier des tarifs planchers que Frank Zappa va pouvoir faire ce film.

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Citation : en 1972, à propos de 200 Motels : « Étant donné le budget qu’il nous a été alloué, je dirais que j’ai eu 40 à 50% de ce que je voulais en faire sortir. Il faut dire adieu au reste, car il n’y a plus d’argent ou de temps pour le faire parfaitement ».

Avant le début du tournage de 200 Motels, qui a lieu en février 71, Frank Zappa donne une interview à son incontournable biographe Miles, dans laquelle il s’étonne du rapide financement de 360.000$ de United Artists :
- « Considérant la facilité avec laquelle l’affaire s’est conclue, c’est incroyable : on leur a envoyé une bande et une présentation de 10 pages, et quelques jours plus tard, on avait un rendez-vous. On arrive, et le gars nous dit OK, vous avez le deal. Juste comme ça ! J’aimerais avoir plus d’argent pour le budget, mais vu la somme, on pourra s’en sortir, ça va être serré ». - C’est pourquoi vous tournez en Angleterre
- « Oui, disons que c’est une des raisons. Je pensais que ce serait amusant de le faire là-bas. La motivation première était le coût de l’orchestre. On a eu le Royal Philharmonic pour 10.000 livres par session ». - …ce qui est bon marché…
- « Pour une centaine de personnes ? tu l’as dit ! On va tourner à Pinewood, il y a deux scènes là-bas. Tony Palmer va diriger le tournage vidéo, qui sera ensuite transféré en 35mm (c’est une première pour l’époque ndlr), ça c’est pour l’orchestre. On négocie pour avoir Theodore Bikel pour le premier rôle, il est très bon. Des choses ont été ajoutées au script. Par exemple, le concept originel de l’environnement de l’orchestre devait être une montagne de mousse de polyuréthanne. On en a calculé le coût, c’était trop. La mousse ne coûte pas cher, mais la renforcer par des échafaudages pour supporter 100 musiciens fait monter le prix. Alors on a laissé tomber cette idée, et maintenant, l’orchestre vit dans un camp de concentration.

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Citation : Frank Zappa à propos de l’incendie de Montreux « Quelqu’un dans le public avait un feu d’artifice et l’a lancé dans le plafond, qui a commencé à brûler ; d’autres versions de l’histoire racontent que le feu était du à de mauvais branchements ».

Une fois enregistré ce qui va être le 12ème album de Frank Zappa, les 5 et 6 juin 1971 en concert au Fillmore East de New York, trois autres dates vont précéder sa sortie dans les bacs ; à Boston tout d’abord, puis au mois de juillet, deux dates à Los Angeles, au Pauley pavilion de l’UCLA et au El Monte Legion Stadium.

L’album du Fillmore east sort donc en août, alors que le groupe joue à Portland le même mois, et toujours au mois d’août, le 7, ils rejouent sur la scène de l’UCLA, Zappa en profite pour enregistrer cette performance, qui donnera (dans les bacs en mai 72) l’album Just another Band from L.A. (rien qu’un autre groupe de Los Angeles). C’est sur cet album que l’on trouve l’incroyable histoire de Billy the Mountain (Billy la montagne) et de sa femme Ethel, qui est un arbre ; une histoire que je ne manquerai pas de vous narrer dans un prochain numéro…

Arrtons-nous sur ce concert du Fillmore East au cours duquel John Lennon et Yoko Ono font une apparition sur scne le 6 juin... Arrêtons-nous sur ce concert du Fillmore East au cours duquel John Lennon et Yoko Ono font une apparition sur scène le 6 juin ; une apparition que l’on ne trouve pas sur l’album du Fillmore, mais sur le double album de Lennon et Ono ‘Sometime in New York City’, dans une version un peu expurgée et sortie de son contexte. C’est la première apparition de Lennon sur scène depuis presque deux ans, la dernière pour un bout de temps, et il y chante le standard de blues ‘Well (Baby Please Don’t Go)’, durant lequel Yoko Ono pousse ses ptits cris de souris insupportables ficelée dans un sac.

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titre album durée
Transylvanian Boogie Chunga’s Revenge 5’01’’
Dance of the just plain folks 200 motels 4’40’’
Transylvanian Boogie Chunga’s Revenge 5’01’’
Dance of the just plain folks 200 motels 4’40’’
Magic Fingers 200 Motels 3’53’’
Semi-fraudulent direct-from-Hollywood overture 200 Motels 1’59’’
Mystery roach 200 Motels 2’32’’
Dance of the r’n’r interviewers 200 Motels 0’48’’
Centerville 200 Motels 2’31’’
Redneck Eats 200 Motels 3’02’’
Latex solar beef 200 Motels 2’38’’
Well (please don’t go) Playground Psychotics 4’43’’
Stick it out Apocrypha 9’21’’-14’10’’ (extrait)
King Kong + Fire ! Apocrypha 1’25’’ + 1’54’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)