1971 s’acharne sur Zappa

19/50
47’40’’

Citation : « la tournée européenne de l’hiver 71 remporte la coupe de la tournée la plus désastreuse ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°19 - 47’40’’

C’est pendant le solo de synthétiseur de Don Preston, sur le titre King Kong, que démarre l’incendie du casino de Montreux le 4 décembre 1971, qui inspirera aux Deep Purple le titre Smoke on the Water. Soit dit en passant, le 4 décembre n’est pas un jour qui réussit à Frank Zappa, c’est aussi la date de sa mort.

Il y a environ 2500/3000 personnes dans la salle à ce moment-là, et un bon paquet dehors, qui n’ont pas pu rentrer, la salle étant déjà remplie bien au-delà de sa capacité. Et comme ceux qui sont dehors trouvent sans doute que l’on n’y voit ni n’y entend assez bien, plusieurs d’entre eux ont tenté de faire le forcing par les sorties de secours, que les organisateurs cadenassèrent aussi sec. Seule la porte d’entrée est ouverte, et Frank Zappa annonce au public « Soyez calme, s’il vous plaît. Nous devons sortir d’ici. Il y a un incendie, alors pourquoi ne sortirions-nous pas ? » (EXTRAIT)

Les gens commencent à sortir, tout doucement, alors que la salle se rempli de fumée. Finalement, un roadie va briser une baie vitrée proche de la scène, pour que les gens sortent plus rapidement. Frank Zappa et les Mothers quant à eux, s’escamotent par un tunnel qui va des coulisses jusqu’au parking.

Quelques minutes plus tard, la chaudière du casino explosa, et quelques personnes furent éjectées par la baie vitrée, sans qu’il n’y ait de blessé grave. Le bâtiment brûla de fond en comble, et tout l’équipement de Frank Zappa et des Mothers fut réduit en cendre, à encore dix dates de la fin de la tournée.

(...)

Citation : après l’incendie du 4 décembre 71, au casino de Montreux ; « On était au beau milieu d’une tournée avec dix dates à faire. De retour à l’hôtel, la majorité du groupe vota pour terminer la tournée, pour essayer tout au moins. Le problème était que même si nous n’avions pas l’équipement le plus récent qui soit, on utilisait tout de même quelques instruments spéciaux, comme un piano Rodhes trafiqué et d’autres éléments de synthétiseurs que l’on ne pouvait pas trouver en Suisse. Ma guitare était partie en fumée, toutes nos lumières et notre sono ».

S’ils votent pour poursuivre la tournée, Frank Zappa et les Mothers vont tout de même devoir annuler une semaine de concerts, consacrée à la recherche du matos perdu. Pour ce faire, seul le double concert prévu au Rainbow Theater de Londres est maintenu pour le 10 décembre, et le groupe arrive à Londres deux jours à l’avance pour faire les magasins et répéter avec le nouveau matériel, pour s’y habituer un tant soit peu. Des problèmes subsistent ; les micros font des larsens, et des tas de merdouilles se produisent, mais ils vont être au rendez-vous, le 10 décembre.

Cependant, alors que le concert commence, ils sont encore en train de tester le nouveau matériel, et ce morceau d’ouverture du concert – Zanti Serenade, sur l’album Playground Psychotics –, n’est rien d’autre qu’un ultime soundcheck qui passe aux oreilles des spectateurs pour une sorte d’extravagance avant-gardiste…

(...)

Après ces quelques réglages d’oscillateurs, le concert se déroule enfin comme prévu, et c’est au moment du rappel qu’un autre bâton vient se mettre dans les roues de Frank Zappa, en la personne d’un certain Trevor Howell.

Le groupe ne promène pas avec lui de personnel de sécurité, et le service d’ordre du Rainbow Theater se réduit à deux malabars indiens postés de chaque côté de la scène. Au moment du rappel, les deux gorilles sont quelque part dans les coulisses, en train de fumer de l’herbe à joie, et ils ne voient pas ce Trevor Howell monter sur scène alors que le groupe entame I wanna hold your hand, des Beatles. Pour une raison encore inconnue, Trevor se jette sur Frank Zappa, et l’envoie valdinguer hors de la scène, plus de 4 mètres plus bas, directement sur le béton, crac !

Frank Zappa raconte : « Tout ce dont je me souviens, c’est de me réveiller dans la fosse à orchestre et la douleur. Je ne savais pas ce qu’il m’était arrivé. Dans les semaines qui suivirent, je pus remettre les morceaux ensembles, mais à ce moment là, je n’en avais aucune idée. Le groupe pensait que j’étais mort. J’avais chuté de quinze pieds sur le sol en béton, ma tête était sur mon épaule, mon cou était tordu comme s’il était brisé. J’avais le menton ouvert, un trou derrière la tête, une côte et une jambe cassées. Un de mes bras était paralysé ».

(...)

Trevor Howell, un spectateur bien mal inspiré, après avoir poussé Frank Zappa dans la fosse à orchestre, est sous les verrous tandis que Frank Zappa s’évanouit, ce 10 décembre 1971 à Londres. Un peu plus tard, Zappa se réveille dans une chambre de cet hôpital public, remplie de lits disposés en cercle et séparés par des rideaux. Il ouvre un œil pour voir le rideau s’entrebâiller sur le visage d’une infirmière noire qui le regarde comme si elle avait vu un monstre. Il déclare lui-même qu’il n’était pas beau à voir, même s’il s’est toujours rangé dans la catégorie des Ugly as Fuck (Laid comme cul).

Plus tard, il est transféré à l’Harley Street Clinic, où il va séjourner pendant un mois. Là, il va avoir un garde du corps 24h/24, car Trevor Howell a payé sa caution, et personne ne sait vraiment jusqu’où il est cinglé.

Le fait curieux du mutisme qui frappe Frank Zappa au moment où il se tord le cou sur le béton de la fosse du Rainbow Theater. En fait, il s’est écrasé le larynx dans la chute, et quand il retrouve l’usage de la parole, sa voix est descendue d’une tierce, elle restera ainsi. Il déclare dans le livre de Peter Ochiogrosso « c’est beau d’avoir une voix basse, mais j’aurais préféré l’acquérir par d’autres moyens ».

(...)

Citation : « Ils ne pouvaient pas me donner d’anesthésique parce que j’avais une blessure à la tête. Alors au bout d’un moment, je me suis évanoui ».

Trevor Howell, un spectateur bien mal inspiré, après avoir poussé Frank Zappa dans la fosse à orchestre, est sous les verrous tandis que Frank Zappa s’évanouit, ce 10 décembre 1971 à Londres. Un peu plus tard, Zappa se réveille dans une chambre de cet hôpital public, remplie de lits disposés en cercle et séparés par des rideaux. Il ouvre un œil pour voir le rideau s’entrebâiller sur le visage d’une infirmière noire qui le regarde comme si elle avait vu un monstre. Il déclare lui-même qu’il n’était pas beau à voir, même s’il s’est toujours rangé dans la catégorie des Ugly as Fuck (Laid comme cul).

Plus tard, il est transféré à l’Harley Street Clinic, où il va séjourner pendant un mois. Là, il va avoir un garde du corps 24h/24, car Trevor Howell a payé sa caution, et personne ne sait vraiment jusqu’où il est cinglé.

Le fait curieux du mutisme qui frappe Frank Zappa au moment où il se tord le cou sur le béton de la fosse du Rainbow Theater. En fait, il s’est écrasé le larynx dans la chute, et quand il retrouve l’usage de la parole, sa voix est descendue d’une tierce, elle restera ainsi. Il déclare dans le livre de Peter Ochiogrosso « c’est beau d’avoir une voix basse, mais j’aurais préféré l’acquérir par d’autres moyens ».

(...)

Durant tout le temps de sa convalescence, il refuse toute interview ou photos, si ce n’est celles que l’on trouvera dans ses biographies à partir de la fin des années 80. Enfermé malgré lui dans son studio, il va tout de même sortir trois albums pendant cette convalescence, et beaucoup écrire ; c’est de cette période que date la rédaction des Aventures de Gregory le pécari, que nous verrons bientôt. Il écrit aussi une comédie musicale de science-fiction appelée Huchentoot, et les albums qui vont suivre témoignent de cet élan que prennent ses textes.

Le premier qui suit, Just another band from L.A., débute par Billy the Mountain, que nous détaillerons dans le prochain numéro, et est complété par quelques morceaux enregistrés le 7 août 71 au Pauley pavilion de l’UCLA. On y trouve cette version de Call any vegetable, qu’il convient bien sûr de suivre à la lettre. Soyez bon avec votre légume, prenez la peine d’en appeler un de temps à autre, et vous verrez, il y a de bonnes chances qu’il… qu’il vous réponde, oui !

titre album durée
Strictly Genteel The Finale 200 Motels 11’08’’
‘you were with the hard-on’ + Zanti Serenade Playground Psychotics 0’25’’ + 2’40’’
Penguin in bondage Roxy & Elsewhere 6’48’’
A bunch of adventures Playground Psychotics 0’59’’
Nanook Rubs It Playground Psychotics 4’37’’
Call any vegetable Just another band from L.A. 7’23’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)