Descendez dans votre moi mauvais (...) jusqu’au Black Page N°2

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Citation : « J’aimerais voir plus d’honnêteté dans le business, à chaque bout de la table. L’honnêteté en affaires, en Amérique, semble bien être à son niveau le plus bas de l’histoire, et il y a nombre de raisons pour cela. Quand les leaders politiques ne font pas preuve d’honnêteté, quand les gens dans les médias mentent constamment, tout le monde s’habitue alors au Grand Mensonge, comme à un style de vie. A ce stade, l’honnêteté devient un concept étrangement démodé – plus personne ne veut être honnête, de peur de finir dernier. Je dirais qu’aujourd’hui, la malhonnêteté est la règle, et l’honnêteté l’exception. Il se pourrait statistiquement, qu’il y ait plus de personnes honnêtes que malhonnêtes, mais les quelques-uns qui contrôlent vraiment les choses ne sont pas honnêtes, et cela fait pencher la balance. Je ne crois pas que nous ayons un président honnête, je ne crois pas qu’il soit entouré d’honnêtes gens. Je ne crois pas que la plupart des gens au congrès ou au sénat soient honnêtes. Je ne crois pas que la plupart des gens qui font tourner les affaires soient honnêtes. Nous les avons laissé faire, car nous ne sommes pas suffisamment honnêtes pour faire face au fait que nous sommes possédés et manipulés par une poignée de personnes vraiment mauvaises. ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°26 - 54’23’’

Vienne, Munich, Ludswighafen, Cologne, Essen, Hambourg, Aarhus, Oslo, Stockholm, Helsinki, Copenhague, Lund, Berlin, Amsterdam, Bruxelles, Paris, Saarbruken, Offenbourg, Zurich, Lundano et Bilbao voient passer Frank Zappa et son groupe du 4 février au 17 mars 1976. Ce périple, court mais fort rempli, après l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande, la Hollande, la Belgique, la France, la Suisse, l’Italie et l’Espagne, va s’achever sur un nouveau rebondissement de la carrière de Zappa. C’est à Los Angeles, durant l’enregistrement de Zoot Allures au Record Plant, que Frank Zappa met un terme à sa collaboration de dix ans avec son manager, Herb Cohen.

La cause de cette séparation, selon Frank Zappa, est que lui et son avocat de frère lui piquent du pognon. Herb et son frère semblent alors être dans la position de pouvoir intenter un procès au studios du Record Plant si celui-ci sort le 22ème album de Zappa. Et sans doute vont-ils faire force d’arguments très juridiques pour pouvoir s’en mettre un peu plus dans la poche, et jusqu’au bout de cet album dont ils savent néanmoins qu’il sera le dernier à leur profiter d’une manière ou d’une autre. En tout cas, cette stratégie est assez impressionnante pour que le Record Plant prenne peur, et refuse de donner les enregistrements 30pouces/s à Frank Zappa pour mastériser ce Zoot Allures ; un album qui s’ouvre sur ce titre : Wind up working in a gas station (finir à travailler dans une station service).

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Une autre source qui va alimenter ce procès entre Frank Zappa et son manager Herb Cohen va concerner le Captain Beefheart, ami de la première heure, et son album Bat Chain Puller. Pendant que Zappa est en tournée, Herb Cohen va payer tous les frais de production de cet album avec les chèques de royalties de Frank Zappa. Cela ne lui plaît guère, d’autant qu’il considère cet album du Captain Beefheart comme son meilleur, depuis Trout Mask Replica. C’est Kerry McNabb, l’ingénieur du son de Frank Zappa depuis One Size Fits All, qui va mixer cet album. Zappa a les masters dans son studio, mais pour autant qu’il aimerait bien voir l’album sortir, il ne va pas pouvoir envoyer les bandes au label de Beefheart (Virgin, à Londres), car il est sûr et certain que Cohen le poursuivrait lui et Virgin, si la compagnie de disques londonienne sortait l’album. Cohen demande à ce que l’avance de Virgin lui soit versée, à lui, et Frank Zappa estime pour sa part que cet argent doit lui revenir, puisque c’est de sa poche, bien involontairement, que les frais ont été payés. Pour finir, l’album ne sortira jamais, même si certains titres en seront pressés, plus tard, dans l’album Shiny Beast sorti en 1979.

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Citation : « Vous pouvez croire ça ? Un artiste, un individu devant indemniser la plus grosse compagnie de disques du monde, pour qu’elle sorte son album ? »

En cette année 1976, Frank Zappa a déjà derrière lui toute une séries de déboires juridiques qui lui ont forgé l’esprit, et son procès avec la MGM, démarré en août 75, va prendre fin, en lui donnant raison, mais en lui ayant tout de même coûté 2 millions de $. Sans doute rêve-t-il d’un monde dans lequel il pourrait travailler sa musique sans avoir à se méfier de ceux qui la programment, qui l’enregistrent ou qui la produisent, mais il sait le premier que ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent…

Ce 22ème album, Zoot Allures, tient son titre de l’expression bien de chez nous : « zut alors », comme Zappa le déclare lui-même dans l’album pirate Titties & Beer (Zoot Allures live in Paris) : « et maintenant, de notre album au titre presque français Zoot Allures ». Pour l’anglophone, ce zut alors transformé, signifie Allures Extravagantes, mais le morceau éponyme ne l’est pas : une rêverie instrumentale, une leçon de guitare.

Les textes que l’on trouve sur cet album sont souvent inspirés de rencontres faites en tournée. C’est le cas de Ms Pinky. A chaque concert que le groupe donne en Finlande, est présent un aficionado prénommé Eric, qui un jour se pointe avec un cadeau pour les Mothers : des bonbons et sa revue pornographique favorite, dans laquelle Frank Zappa voit une publicité pour un article destiné aux hommes solitaires : une tête en plastique avec la gorge motorisée à deux vitesses et autres options récréatives. Frank Zappa va envoyer un de ses acolytes en chercher une pour l’utiliser pour le concert du soir. Frank Zappa raconte : « Pour sûr, et pour 69.95$, il revint avec Ms Pinky. C’était pire que ce que j’avais imaginé. Non seulement c’était une tête, mais de la taille de celle d’un enfant. La gorge était faite en éponge avec un vibrateur à deux vitesses, et une poire qui dépassait permettait de contracter la gorge, yuk ! ».

Une autre scène scandinave inspirera le dernier titre de cet album : Disco Boy. Le groupe est au Danemark, et se rend un soir dans une boite appelée The Disc Club ; un endroit vraiment nazos. L’endroit est si sophistiqué que s’en est embarrassant, Zappa en dira ceci l’année suivante : « L’endroit était décoré comme un living-room de play-boy : des chaises basses et des grignoteries sur des tables basses, et tout le monde picole en dansant sur ces rythmes de robots, qu’il se trouve que j’aime bien, vous savez. J’aime beaucoup la monotonie, je pense que c’est une partie intégrale de la civilisation contemporaine, et une fois que l’on s’y adapte, on est bien mieux en phase avec la réalité. Je pense que c’est un des commentaires les plus drôles sur le syndrome disco ».

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Citation : le journaliste demande à Frank Zappa ce qu’il fait avec le Grand Funk Railroad… « Je ne fais rien, avec eux. Tout ce que j’ai fait, c’est, d’une façon documentaire, un disque qui vous fasse vraiment entendre comment ils sonnent. Pour la première fois sur un disque, vous pouvez entendre le Grand Funk Railroad… et ils sont fantastiques, fan-tas-tique, avec un F trois fois plus grand que vous ».

Après avoir joué au Spectrum de Philadelphie le 29 octobre 1976, Frank Zappa emmène sa troupe au Felt Forum de New York, où il enregistrera une partie de son prochain album : Zappa in New York, le bien nommé. Ce 23ème album ne sortira que le 3 mars 1978, et entre ces deux dates, bien de l’eau va couler sous les ponts, et bien des concerts vont faire accourir les foules en liesse, pour écouter la voix de son maître.

Pourquoi un si long délai, sachant que le reste de cet album sera enregistré du 26 au 29 décembre, toujours à New York, mais cette fois-ci au Palladium ? C’est que… d’ici là, Frank Zappa va produire ou collaborer à deux albums pour d’autres artistes (Robert Charlebois, et Flint), comme il l’avait fait en août pour enregistrer le Grand Funk Railroad comme il ne l’avait jamais été. Don Brewer, le batteur du Grand Funk, dira ceci de sa rencontre avec Frank Zappa : sa façon de voir ce qu’est le r’n’r est en fait la même que la notre. Vous y allez, et vous enregistrez exactement ce que vous faites en concert, sans aucune post-production. Gardez le tout aussi simple que possible, et vous ferez vraiment péter les morceaux. Il était très différent de ce que nous attendions.

Et une fois encore, les Frères Warner vont entraver la marche du progrès musical, et mettre des bâtons dans les roues de Frank Zappa tout au long de l’année 1977, et sur plusieurs terrains à la fois, les rats !

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titre album durée
Wind up working in a gas station Zoot Allures 2’29’’
The Torture Never Stops Zoot Allures 9’44’’
Zoot Allures Zoot Allures 4’13’’
Disco Boy Zoot Allures 5’09’’
City of tiny lights Conceptual Continuity 7’54’’
The Black Page N2 Zappa in New York 5’36’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)