Entre les GTOs, Jeff Simmons, Uncle Meat et Zubin Metha

16/50
58’35’’

Citation : « Pourquoi est-ce que je travaille avec les GTO ? C’est une question très personnelle ! En fait, je ne passe pas beaucoup de temps avec les GTO du tout. J’ai terminé leur album, puis mon partenaire dans la maison de disque a entendu le disque, et a fait dans son froc. Il a dit que nous ne pouvions pas faire sortir ça. Il dit que pas un distributeur au monde ne prendra cet album. Les GTO ne sont pas de bons musiciens, mais elles écrivent des choses intéressantes, et elles ont quelque chose à dire. Elles sont à peu près aussi bonnes que n’importe quel autre groupe de rock féminin, et elles sont généralement bizarres ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°16 - 58’35’’

En octobre 1969, une fois la dissolution des Mothers of Invention consommée, Frank Zappa part en vacance en Europe, où il assistera au festival d’Amougis, en Belgique. Là, il ira taper le bœuf avec les Pink Floyd et le Captain Beefheart histoire de se dégourdir les phalanges, et c’est au mois suivant qu’il fera cette conférence de presse dont nous détaillions le communiqué dans le précédent numéro.

C’est aussi en novembre qu’il sort sous son label Bizarre & Straight records un album de Jeff Simmons (Lucille has messed my mind up), la chanson portant ce titre, écrite par Zappa, va d’ailleurs s’incorporer à son répertoire, un titre qui sera présent sur l’album Joe’s garage en 79, avec la voix d’Ike Willis.

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Citation : extrait de l’interview accordée au magazine PLAYBOY, le 02 mai 1993 :

- Les titres de vos disques et de vos chansons sont aussi des énoncés artistiques.
- Ben, faut bien leur donner un nom ou un autre, alors pourquoi pas quelque chose de… d’amusant ?
- Par exemple, Sandwich à la saucisse brûlée ?
- Je mange encore des sandwichs à la saucisse brûlée. C’est une des grandes choses de la vie. C’est au moins un grand déjeuner. Vous prenez une Hebrew National (c’est la marque des saucisses), vous la mettez au bout d’une fourchette, Vous la brûlez au-dessus de la flamme, vous mettez deux tranches de pain autour, vous balancez un peu de moutarde dedans, vous le mangez, et vous êtes de retour au travail !

Effectivement, du travail, Frank Zappa s’en prend à tous les repas et demande toujours du rab. Entre le montage fastidieux d’Uncle Meat, le film, l’album de Jean-Luc Ponty et ce Burnt Weeny Sandwich de 9ème album que Frank Zappa mange en vitesse avant de s’en retourner au taf, le temps est si bien rempli qu’il paraît s’enfler jusqu’à des journées de 25 heures ou plus.

C’est en décembre 1969 que cet album sort. Le titre qui va suivre est enregistré aux studios TT&G de Los Angeles, en 16 pistes. Pour que le saxophone de Ian Underwood sonne de manière aussi greasy, il joue face au mur, le son rebondissant dessus pour revenir dans le micro placé derrière, c’est l’ouverture de Holiday In Berlin.

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Citation : « Je vais vous dire combien je suis cynique à propos du public américain : quand ils arrivent à nous suivre, ça n’est que parce que nous ralentissons »

Durant les sessions d’enregistrement de Burnt Weeny Sandwich, le 9ème album des Mothers dissoutes, le groupe doit jouer délibérément un peu faux, pour avoir cet aspect fifties. Zappa était dans la régie, et c’était Johnny Otis qui dirigeait le groupe. Il était très bronzé et gominé, exactement comme sur les pochettes de ses disques, et frappait des mains juste sous le nez du bassiste qui n’appréciait guère. Ce qui va le plus impressionner Frank Zappa chez ce personnage, ce sont ses chaussettes en soie, et ses fixe-chaussettes que l’on voyait à chaque fois qu’il sautait sur place.

Sur la pochette de ce Burnt Weeny Sandwich, on peut lire Mothers of Invention, en dépit de la dissolution du groupe. Cela s’explique par le fait qu’il s’agit là d’une sorte de… compilation d’inédits. La plupart des concerts sont déjà enregistrés à cette époque, et les bandes magnétiques s’entassent. Ce sont ici des enregistrements live et studios de 1968 et 9, avec tous les musiciens des Mothers of Invention.

L’album débute par White port & lemon juice (porto blanc & jus de citron). C’est à l’origine un titre des Four Deuces de 1955. La légende raconte comment ce jingle publicitaire pour une marque de jus de fruit devint un hit.

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Citation : Frank Zappa à propos du concert du 15 mai 1970 : « Si ça marche, et qu’on pourra effectivement écouter ce qu’il en sortira, alors on aura de la chance ! »

En 1970, après la sortie de l’album de Jean-Luc Ponty, Frank Zappa réunit le line-up de l’album Hot Rats pour partir sur la route faire quelques concerts. Jusqu’en mars 1970, il est avec Ian Underwood au sax, Aynsley Dunbar aux fûts Sugar Cane Harris au chant et au violon et Max Benett à la basse. Une formation qui jouera le 28 février au Sports Arena de San Fransisco, et le 07 mars à l’Olympic Auditorium de Los Angeles.

En avril et en mai, Ray Collins revient prendre le micro, George Duke les claviers, et Jeff Simmons prend la basse. Un second batteur, Billy Mundi, s’ajoute au premier, pour une petite tournée qui va les faire passer à Los Angeles, Chicago, Madison, Philadelphie, Minneapolis, puis à Miami en avril, et au Fillmore east de New York les 8 et 9 mai. Ces dates sont en fait organisées pour la préparation d’un concert qui aura lieu le 15 mai, avec l’orchestre philharmonique de Los Angeles, dirigé par Zubin Metha.

Mais… le mois de mai, Frank Zappa va le passer essentiellement en régie, à éditer et monter le film Uncle Meat. Par rapport au projet initial, nombre d’options disparaissent au fur et à mesure que le budget diminue. Des effets spéciaux qui devaient être fait au Japon sont abandonnés, et Zappa va devoir faire des pieds et des mains pour joindre les deux bouts et trouver de quoi terminer ce film. Une partie consiste en une série d’interviews des membres passés et présents du groupe, et Haskell Wexler se propose de le faire gratuitement. Ceci dit, les caméras, éclairages et leurs manipulateurs coûtent tout de même 12.000$ pour la semaine, et quand 4 des membres des Mothers refusent au dernier moment d’avoir rien à faire avec le projet, Frank Zappa se demande bien ce qu’il va pouvoir filmer.

titre album durée
Lucille has messed my mind up Lucille has messed my mind up (Jeff Simmons) 5’42’’
Wonderful Wino The lost episodes 2’47’’
Overture To A Holiday In Berlin Burnt Weeny Sandwich 1’27’’
Would you like a snack ? 200 motels 1’23’’
Phase one & 2 Igor’s Boogie Burnt Weeny Sandwich 0’37’’ + 0’37’’ (extraits)
Burnt Weeny Sandwich Burnt Weeny Sandwich 4’32’’
White Port & Lemon Juice Burnt Weeny Sandwich 2’52’’
King Kong King Kong (Jean-Luc Ponty) 4’54’’
The little house I used to live in Burnt Weeny Sandwich 18’42’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)