Garrick, suite et fin

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51’48’’

Citation : « La musique est toujours un commentaire sur la société, et les atrocités commises sur scène sont certainement assez douces comparées à celles conduites en notre nom par notre gouvernement ».

LE REQUIN BARJOT N°10 - 51’48’’

L’été 1967 se poursuit au Garrick Theater de New York, où soir après soir les Mothers of Invention font le spectacle, du 5 avril au 5 septembre. Ils font le spectacle… mais avec un monsieur loyal tel que Frank Zappa, c’est souvent le public qui le fait, le spectacle, ou qui en fait les frais. Chaque spectateur est un figurant et tous sont des acteurs en puissance dans la soirée.

Un jour, sur le chemin du Tin Angel à l’heure du déjeuner, Frank Zappa croise un type portant un épais blouson de daim (en plein mois de juillet), pourvu d’un buisson tout noir en guise de barbe et avec des cheveux qui dépassent de partout. Il s’approche et dit à Zappa : – Je veux être dans votre groupe. – De quoi tu joues ? demande Zappa – De rien, répondit-il.

Zappa le regarde et dit : « OK, tu as le boulot. »

Ce gars-là s’appelle Sal Lombardo, et le premier soir, Frank Zappa lui donne une paire de maracas et un tambourin. Il ne sera pas payé, mais il est sur scène, dans le groupe, ouaiiiisss.

(...)

Sal Lombardo, à l’automne 1967, quittera Frank Zappa et les Mothers of Invention pour partir en Amérique du sud, à la recherche de quelque cité interdite remplie de trésors. Frank Zappa ne le reverra qu’une dizaine d’années plus tard, lors d’un concert à Sacramento. Sal tient alors une pizzeria, et jurera à Frank Zappa qu’il a trouvé sa cité interdite dont il n’aura hélas pas pu ramener les trésors qu’il y découvrit.

(...)

Citation : « Y’a des fois où on ne peut pas écrire un accord assez moche pour faire passer ce que l’on veut dire, et il faut parfois avoir recours à une girafe remplie de crème fouettée ».

Débuté pendant les vacances de pâques 67, terminé en septembre, les concerts du Garrick Theater auront tout vu ou presque. Trois mariages sont célébrés sur scène, des kilos de légumes sont envoyés au public (pour une fois que ça n’est pas l’inverse), et le câble tendu depuis la cabine de l’éclairagiste pour y faire glisser divers accessoires voit passer durant l’été les objets les plus hétéroclites. Par exemple une poupée cul par-dessus tête poursuivie par un salami, mais parfois des objets venus de la fantaisie de l’éclairagiste, comme des œufs frais ou tout autre objet perturbateur du dur labeur des musiciens.

L’accessoire le plus connu, le numéro qui aura été le plus réclamé tous les soirs est sans conteste la girafe en peluche.

(...)

Citation : Frank Zappa, à propos de l’été 67 au Garrick Theater de New York. « Le groupe n’était particulièrement au point, mais il connaissait beaucoup de signaux manuels, dont certains étaient virtuellement invisibles. Le groupe jouait un rock à rallonge, paraissant totalement improvisé, quand tout à coup il changeait de tempo. C’était très impressionnant ».

Ce long passage au Garrick Theater de New York prend donc fin le 5 septembre 1967, mais ni le couple Zappa, ni les Mothers of Invention ne vont quitter si vite la grosse pomme.

Durant les 15 jours qui suivent, les Mothers of Invention rejoueront à New York, puis à Detroit (Michigan), Cincinnati (Ohio), et Miami (Floride), pour finir, aux alentours du 20 septembre, par s’embarquer pour leur première tournée européenne. Le line-up – les musiciens – sera/seront le/les même que celui de l’été : 
- Frank Zappa : guitare et chant ; 
- Ian Underwood : claviers et instruments à vent ; 
- Don Preston : claviers ; 
- Ray Collins : chant ; 
- Motorhead Sherwood : saxophone ; 
- Roy Estrada : basse et chant ; 
- Bunck Gardner : instruments à vent ; 
- Jimmy Carl Black : batterie, trompette et chant ; 
- Billy Mundi : batterie ; 
- Pamela Zarubica interprète le rôle de Suzy Creamcheese, (Suzie cancoillotte).

Le 23 septembre, ils jouent au Royal Albert Hall de Londres, pour ensuite faire un passage en Hollande, à Amsterdam, avant d’arriver en Suède, où ils joueront à Gothenburg, Lund, et Stockholm.

C’est là, au Konserthuset de Stockholm, que sont enregistrés les dix morceaux qui sortiront sur l’album ‘tis the season to be jelly, en 1991 chez Rhino records, encore un album qui échappe à la discographie officielle.

(...)

titre album durée
Be bop tango Roxy & Elsewhere 5’19’’ (extrait)
Agency man Mystery disc track26 3’25’’
we are the Mothers, this is what we sound like Mystery disc 3’25’’
The chrome-plated megaphone of destiny We’re Only In It For The Money 6’25’’
you did’nt try to call me/ Bristol stomp/ Baby love ‘tis the season to be jelly 3’08’’ / 0’48’’ / 0’49’’
Blue Suede Shoes, Hound Dog, Gee ‘tis the season to be jelly 0’36’’/0’15’’/1’52’’
Petrushka Frank Zappa (’il dizionnario del rock’ - Armando Curcio Editore) extrait (2’26’’ -> 3’13’’)
King Kong ‘tis the season to be jelly extrait 5’

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)