Joe’s Garage acte II et III

32/50
55’04’’

Citation : « Je ne pleure jamais… et je hais beaucoup. Aussi, je pense être émotif. Est-ce que j’aime les gens ? J’adore les gens. J’aime l’idée des gens plus que les gens en particulier. Je suis vraiment désolé pour les choses au travers desquelles ils doivent passer. J’ai des sentiments de ce genre, comme ça. »

LE REQUIN BARJOT V3 N°32 - 55’04’’

19 novembre 1979, les tomes deux et trois de l’album Joe’s Garage sont dans les bacs, et donnent l’occasion au public de découvrir la suite des mésaventures de Joe. Celui-ci, après avoir échoué dans le show-business, après avoir perdu ses illusions sur la pureté du cœur des jeunes catholiques du CYO, après s’être fait plomber puis larguer par sa petite amie, il est mûr pour tomber dans le panneau de la Nouvelle Église d’Appareillologie, dirigée par L. Ron Hoover.

Cette secte, comme son nom l’indique, prône pour chacun l’acquisition de nombreux appareils et machines pour accéder au bonheur ; la caricature d’une secte matérialiste qui serait l’émanation de la socité de consommation elle-même. Joe arrive dans les locaux de la secte, qui tiennent à la fois du bureau ultramoderne, de la cathédrale, du hangar et du condominium, et il est accueilli par un message pré-enregistré et une image dramatiquement éclairée sur un écran de télévision de la taille d’un mur. La, il va être activement persuadé par le conseiller mystique qu’il n’est rien de moins qu’un fétichiste d’appareillage latent qui s’ignore, qu’il doit apprendre l’allemand et se rendre au Closet (le placard), une boite spécialisée dans ce genre de déviance.

Après avoir payé au prix fort son passage dans la Première Église d’appareillologie, il s’en va suivre l’onéreux conseil de son gourou… et va faire une rencontre qui va bouleverser sa libido. Il s’agit de Sy, un personnage du premier morceau, alors petit garçon enfermé dans un placard. La transformation est radicale, puisqu’il s’agit maintenant d’un roto-fourreur pansexuel à propulsion nucléaire XQJ-37, que le Scrutateur Central va nous décrire, avant que Joe ne s’exclame Fuck me, you ugly son of a bitch.

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Joe et son rencard, le rutilant XQJ-37, se livrent alors l’un à l’autre dans une scène de passion torride quoique biomécanique, à l’issue de laquelle, par trop de vigueur, Joe provoque un court-circuit chez son amant lors d’une pratique fort dégoûtante, et celui-ci expire. Alors, le pauvre Joe est envoyé en prison par le Scrutateur Central, une prison spéciale où sont gardés tous les autres criminels de l’industrie musicale, ceux qui se font attraper, un endroit horrible peint tout en vert à l’intérieur, et où les musiciens et les exécutifs des Cies de disques prennent des tours pour sniffer des détergents et se mettre.

Pire encore, l’aumônier n’est autre que l’ancien chef de la secte qui a dépouillé Joe. Et c’est lui qui a comme nouveau job, d’aider les exécutifs à attraper leurs victimes, et de les tenir au sol pour ne pas que les exécutifs ne se fatiguent trop ; il fournit aussi le lubrifiant bénit. C’est aussi là que Joe va faire la rencontre d’un ancien commercial d’un grand label nommé John le chauve, et Joe, en tant que nouvel arrivant, devra faire la dure expérience de l’aspect le plus pénétrant de l’incarcération.

Et pour sûr, les murs de la prison ont fait écho à toutes sortes de sons de cris, tandis que les avocats, les exécutifs et les commerciaux décidaient tous de sauter sur Joe, pour une spectaculaire partie à haute vitesse, qui va laisser notre pauvre Joe dans un état de semi-catatonie, repensant aux notes de guitares imaginaires qui pourraient irriter un exécutif… et se languissant de voir comment c’est, dehors, maintenant.

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Citation : « l’Information n’est pas la Connaissance, la Connaissance n’est pas la Sagesse, la Sagesse n’est pas la Vérité, la Vérité n’est pas la Beauté, la Beauté n’est pas l’Amour, l’Amour n’est pas la Musique, la Musique est le meilleur ».

Joe’s Garage, suite et fin de cet album qui clôt cette année 1979 ; la première à compter la sortie de six albums. Nous laissions précédemment notre pauvre Joe dans la prison réservée aux gens du milieu musical, dans cette fiction où il s’agit d’éradiquer la musique, cause de tous les maux, et de faire en sorte que les individus ne se consacrent exclusivement qu’à acheter des appareils. Joe y a été jeté par le Scrutateur Central, chargé d’appliquer les lois qui ne sont pas encore votées, et à la fin de notre précédent numéro, nous l’avions quitté dans un état de semi-catatonie consécutif à la honteuse brutalité avec laquelle ses codétenus ont abusé de lui. Joe trouve refuge dans des notes de guitare imaginaires, jusqu’à qu’ils le laissent finalement sortir.

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Pour finir, Joe va perdre toutes ses illusions, et continuer à vivre ses notes de guitare de façon imaginaire, en passant le plus clair de son temps à travailler à faire des rosettes vertes sur des muffins. Mais l’histoire n’est pas si triste que cela, puisque Joe travaille à l’UMRK, le Dispositif Cuisine de Recherche sur le Muffin, le studio de Frank Zappa dans le monde réel…

Ici le scrutateur central. Joe vient de se propulser dans une frénésie imaginaire durant la fin de sa chanson imaginaire. Il commence à être déprimé maintenant. Il sait que la fin est proche. Il a enfin réalisé que les notes de guitares imaginaires, et les paroles imaginaires, existent seulement dans l’imagination de L’Imagineur… et finalement, qui s’en branle de toute façon… et alors… alors… excusez-moi… … qui s’en branle de toute façon ? Alors il retourne dans sa petite chambre laide et, tranquillement, rêve son dernier solo de guitare imaginaire.

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Citation : « Fine girl est un titre enregistré en studio, et que j’ai inclus à cet album pour que les radios conservatrices ait quelque chose à diffuser ».

Une fois les portes du garage de Joe refermées en même temps que celles de l’année 1979 qui aura vu la sortie de pas moins de six albums, l’année 1980 va consister presque exclusivement en une série de concerts qui démarre en février. Les deux guitaristes-chanteurs Ray White et Ike Willis, le bassiste Arthur Barrow, David Logeman à la batterie et Tommy Mars aux claviers vont accompagner Frank Zappa pour 26 dates américaines jusqu’au 11 mai. A noter qu’une partie du concert donné au Tower Theater de Philadelphie sera utilisée sur l’album Tinseltown Rebellion.

C’est avec la même formation que débute la tournée européenne, à Bruxelles, une tournée qui les emmènera, tout au long de 35 dates, à Rotterdam, Berlin, Brème, Kiel, Copenhague, Oslo, Stockholm, Gothenburg, Oslo encore, Hambourg, Hanovre, Cologne, Dortmund, Dsseldorf, Paris, Clermont-Ferrand, Rouen, Londres, Nantes, Orange, Genève, Zurich, Offenburg, Mannheim, Neuenkirchen, Vienne en Autriche, Sindelfingen, Vienne en France, Toulouse, Francfort, Munich, et Cologne à nouveau, le 6 juillet.

Le reste du mois de juillet et le mois d’août seront mis à profit pour les sessions d’enregistrement de You are what you is, dans les studios de l’UMRK nouvellement construits dans le jardin de Frank Zappa. L’album ne sera dans les bacs qu’au mois de septembre de l’année suivante.

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Cette année 1980 va aussi être pour Frank Zappa l’occasion de rencontrer pour la deuxième fois ce qu’il nomme la stupidité orchestrale. Nous verrons, dans notre prochain numéro, cet épisode qui n’est pas le dernier dans lequel Zappa devra se débattre et perdre beaucoup d’argent dans ses tentatives d’enregistrer et de faire interpréter la musique contemporaine qu’il écrit de plus en plus abondamment pour l’orchestre symphonique.

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titre album durée
A token of my extreme Joe’s Garage (extrait) 1’00’’
Stick it out Joe’s Garage 4’34’’
Outside Now Joe’s Garage 5’49’’
He used to cut the grass Joe’s Garage 1’23’’
Packard Goose Joe’s Garage (extrait) 2’30’’
Watermelon in easter hay Joe’s Garage (extrait) 5’00
A little green rosetta Joe’s Garage (extrait) 3’38’’
Easy Meat Tinseltown Rebellion 9’24’’
Fine Girl Tinseltown Rebellion 3’31’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)