La cabane en rondins

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Citation : « Nos fans, si on peut les appeler ainsi, ont de six à 80 ans, avec une majorité de 17-28 ans. Nous plaisons aux garçons de 14 à 17 ans qui ont les cheveux courts et qui sont malheureux, et qui vivent dans des foyers de classe moyenne. Ils sont en pleine désillusions par rapport à leur parents et cherchent une espèce de réalité de substitution dans notre musique, ce qui les amène à rendre les paroles des chansons plus importantes qu’elles ne le sont. ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°11 - 59’58’’

Après la courte tournée de septembre-octobre 67, plus britano-scandinave qu’européenne, et avant de rentrer en Californie, un dernier épisode new-yorkais mérite d’être conté.

C’est sans doute l’hiver, car il pleut sur New York, alors que Frank Zappa se trouve un jour dans le magasin d’instruments Manny’s. A un moment donné, un petit bonhomme se pointe dans le magasin, plutôt trempé, et se présente sous le nom de Paul Simon. Il tape la causette avec Frank Zappa et l’invite à dîner chez lui le soir même.

Frank Zappa arrive chez son hôte alors que celui-ci, l’oreille collée à un magnavox stéréo, à quatre pattes sur la moquette, écoute un disque de Django Reinhardt. Un moment se passe sous les notes géniales, puis sans raison apparente, Paul Simon se met à raconter à Zappa comment il est sur les nerfs, car il doit payer 600.000$ d’impôts sur le revenu. Une confession presque indécente pour un Frank Zappa qui rêverait d’avoir à payer le même impôt. D’ailleurs, il se demande bien ce qu’il faut gagner pour avoir à payer 600.000$... Puis Art Garfunkel arrive, et tous les trois discutent à bâtons rompus.

Cela fait un moment que Simon & Garfunkel n’ont pas pris le chemin de la route, et alors qu’ils se remémorent le bon vieux temps, Frank Zappa se souvient tout à coup qu’à l’époque où ils avaient sorti le hit Hey, schoolgirl in the second row, on les surnommait Tom & Jerry, et cela lui donne une idée : « Hum ! Je comprends ô combien votre désir d’expérimenter à nouveau les joies des tournées, et j’vous propose un truc… on joue à Buffalo demain soir. Pourquoi ne viendriez vous pas pour ouvrir le concert en tant que Tom & Jerry ? Je ne le dirai à personne. Amenez juste vos affaires et chantez Hey, schoolgirl in the second row. Vous jouerez que des vieux morceaux, pas de titre Simon & Garfunkel. » Simon & Garfunkel adorent l’idée et topent là, lala.

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Citation : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui veulent entrer dans le show-business ? « La première chose, c’est de se faire vacciner contre toutes les maladies connues ».

1968 est l’année du retour au pays pour Frank Zappa et les Mothers of Invention. A l’époque de ce déménagement, les dernières journées new-yorkaises ont été passées aux Apostolic studios à quelques retouches de Lumpy Gravy et sur les morceaux de l’album à venir We’re only in it for the money.

Puis c’est le départ pour Los Angeles, et les adieux aux appartements minuscules, aux loyers excessifs et aux hivers glacials. Frank, Gail et leur fille Moon Unit (unité de lune), nouvellement née, emménagent au coin de Laurel Canyon et de Lookout Mountain avenue, dans le sanctuaire des Freaks au Nord-Ouest d’Hollywood. C’est là que Tom Mix, le héros de plus de 400 westerns à petit budget, a fait construire The Log Cabin (litt : la cabane en rondin), une sorte de prototype de communauté hippie, habitée alors par Carl Franzoni le couillu, miss Christine et miss Sandra.

La maison est grande, il y a un cours d’eau et une mare, dont on dit qu’elle mène à un passage secret qui débouche dans la maison de Harry Houdini, de l’autre côté de l’avenue. Cal Schenkel, devenu illustrateur attitré de Frank Zappa, occupe une aile de la maison avec son atelier, et des cavernes de stuc éclairées avec des guirlandes électriques entourent la maison, qui comporte deux sous-sols. Le tout pour 700$/mois.

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Citation : « le travail est la seule raison pour laquelle je quitte ma maison. Je ne suis pas un touriste. Je ne voyage pas pour le plaisir. Je ne prends pas de vacances. Je ne quitte la maison que si j’ai quelque chose à faire ».

Carl Franzoni et ses copines, les occupants originaux du Log Cabin, le nouveau logis de la famille Zappa en cette année 68, ne vont pas tarder à se faire évincer de la place. La propriétaire des lieux va tout de suite préférer les ‘sages’ excentricités de Frank Zappa à celles de celui qui faisait rougir les adolescentes de Dallas, et Carl Franzoni disparaîtra du paysage du Log Cabin et de ses échardes pointues.

Si hier, c’est la visite de Mick Jagger en personne qui faisait plaisir à Frank Zappa et soulageait son gros orteil, les visiteurs sont parfois importuns, et même parfois très bizarre.

Le long de la maison de rondins se trouve un bassin piscicole en dur, vide, à côté duquel se trouve le trou dans le sol bordé de béton et rempli d’eau stagnante. C’est là qu’est censée se trouver l’entrée du passage qui mène à la maison d’Harry Houdini, de l’autre côté de Laurel Canyon.

Frank Zappa n’a jamais eu confirmation de la légende, mais il est prêt à le croire si cela se présente. Et pas plus tard qu’au cours de l’été 1968. Un après midi, Frank Zappa est avec Wild Man Fischer et des membres des GTO (on y reviendra), quand la porte s’ouvre sur un homme qui entre, et se présente comme Le Corbeau… qui a quelque chose pour lui. Il tend tout d’abord à Zappa une bouteille d’hémoglobine avec un chiffon dedans en disant « J’ai isolé Le Spécimen ! ! », puis sort tout à coup un colt 45 de l’armée.

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Citation : « Rien que le meilleur pour mon chien ».

De mars à septembre 1968, les Mothers of Invention enchaînent concerts sur concerts. Après ceux de février, en Angleterre et à Denver, c’est à Fullerton qu’ils jouent le 4 mars, puis à Miami (Floride), Hartford (Connecticut), pour revenir en Californie, au Fillmore Auditorium (à San Fransisco), et au Berkeley Community Center.

La fin du mois de mars et une partie du mois d’avril se passe au Sunset studios de Los Angeles, où Frank Zappa enregistre des overdubs pour le projet d’Uncle Meat qui ne sortira qu’un an plus tard, en avril 69.

Le 20 avril 68, retour sur la route pour les Mothers of Invention avec un concert au Fillmore East de New York, puis The Arena à Philadelphie (Pennsylvanie) toujours en avril. Le 9 mai, retour à New York, pour le concert de la fête des mères toujours au Fillmore East. Au mois de juin, un autre concert au Shrine Exposition Hall de Los Angeles, un autre à Portsmouth (Massachusetts), et le jour de la fête nationale, le 4 juillet 68, le groupe joue au The Ark, une salle de Boston.

(...)

titre album durée
Stairway to heaven The best band you never heard in your life 9’20’’
Peaches en regalia Hot Rats 3’37’’
Flower Punk - Hot poop We’re only in it for the money 3’04’’ - 0’29’’
Trouble everyday / A pound for a brown on the bus Electric Aunt Jemina 5’59’’ / 8’30’’
Some ballet music The Ark 7’13’’
My guitar wants to kill your mama The Ark 6’49’’

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)