La revanche de la bellette contre le syndicat des musiciens

17/50
50’00’’

Citation : en 1970, à propos du syndicat des musiciens et du concert du 15 mai : « Ils n’ont rien fait quand un trou du cul, dans le public, en a fait un enregistrement pirate, mais ils me promettaient une action sévère si j’en faisais un pour mon propre usage – juste pour savoir comment sonnaient mes morceaux. »

LE REQUIN BARJOT V3 N°17 - 50’00’’

Si l’album 200 Motels ne sort qu’en octobre 1971, la musique qui le compose est écrite dès le début des Mothers of Invention, soit à partir de 1965, lors des tournées durant lesquelles Frank Zappa trimballe avec lui des feuilles de papier à musique en quantité qu’il noircit dès que l’occasion se présente. 200 Motels, La Vie Du Groupe Sur La route, sera aussi un film. Le titre (200 motels) est une approximation du nombre de concerts donnés en cinq ans, soit 40 par an.

En 1970, il est donc question d’une représentation de cette musique avec l’orchestre philharmonique de Los Angeles sous la direction de Zubin Metha. La performance doit avoir lieu au Pauley’s Pavilion de l’UCLA ; une salle de basket-ball de 14.000 places.

Le hic, ou plutôt les hics commencent par le fait que l’orchestre n’est pas très chaud pour jouer cette musique seul. En fait, ce qu’ils voudraient, c’est un Happening !… un truc comme… un GROUPE DE ROCK… et un VRAI ORCHESTRE jouant ensemble !… peu importe la musique.

Cela pose déjà deux problèmes. Tout d’abord, Frank Zappa n’a pas de GROUPE DE ROCK ; les Mothers sont dissoutes depuis près d’un an. Deuxièmement, il n’existe aucune copies de ces partitions, et on demande à Frank Zappa de payer tout ce travail de copie, soit 7000$ de 1970.

Le troisième problème, c’est que Frank Zappa veut un enregistrement de ce concert, que le syndicat des musiciens ne veut pas autoriser.

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Citation : Frank Zappa en 1977 « La façon la plus rapide de faire crier un public, c’est de jouer quelque chose de calme. A la seconde où le son et le niveau de pression tombe plus bas que la peur de la mort, ils se mettront à hurler ».

C’est donc cinq ans après la sortie du premier album des Mothers of Invention que Frank Zappa sort son 10ème disque, Weasels ripped my flesh, ces Belettes qui en veulent à sa viande. Une sacrée moyenne, à rapprocher des deux cents concerts déjà donnés, en cette année 1970. Une productivité qui s’explique par le fait que Frank Zappa enregistre la plupart de ses concerts, accumulant ainsi une quantité de matière sonore dans laquelle il puise de quoi sortir des albums à un rythme effréné.

Weasels ripped my flesh, ce 10ème album, est dans les bacs le 7 août 1970. Le temps de faire quelques concerts, le 21 à Santa Monica, du 23 au 25 à San Rafael, puis le 10 septembre au Hollywood Bowl, et le onzième album, Chunga’s Revenge, déboule dans ces mêmes bacs le 23 octobre, bousculant au passage son Weasels ripped my flesh de précédent, dont on ne peut passer sous silence Toads of the short forest (Les crapauds de la forêt courte).

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L’album se referme d’ailleurs sur le titre éponyme Les belettes m’ont arraché la chair. Un morceau, c’en est un, ça n’est en fait qu’une note, qui préfigure The Big Note, le sacré graal musical selon la mythologie zappaïenne. Enregistré au Festival Hall de Londres, cette « note » clôt le concert, comme pour clouer le bec au public, ou plutôt au concert lui-même. Fermez les fenêtres, éteignez vos cigarettes, attachez vos ceintures et remontez bien vos chaussettes et accrochez-vous à l’idée que la musique adoucit les mœurs.

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Citation : « mes textes sont débiles ? Et alors ? »

Quand le 23 octobre 1970 Chunga’s Revenge, le 11ème album de Frank Zappa, sort dans les bacs, on peut lire sur la pochette que toutes les paroles de cet album ne sont qu’un avant-goût de l’histoire de 200 Motels, « bientôt près de chez vous ! ! ». Frank Zappa réussit ce tour de force d’arriver à mixer des albums ‘préparatoires’, entre deux. Ce concert de la musique de 200 Motels qu’il donne dès le 15 mai 70 est un autre exemple du temps qu’il se donne pour atteindre un but, qui n’est en fait ni plus ni moins que de faire du spectacle sur la vie d’un groupe, le sien en l’occurrence : les dissoutes Mothers of Invention.

Mark Volman et Howard Kaylan qui viennent de quitter les Turtles pour rejoindre la nouvelle formation de Frank Zappa dont le nom flotte entre Mothers et Zappa font ici leur première apparition sous les nom de The Fluorescent Leech & Eddie (la sangsue fluorescente et Eddie).

Ils s’y retrouvent plutôt bien, dans les rôles très divers que vont leur imposer les textes de Frank Zappa, qui exploitent toutes les ressources de l’auto-dérision. Le deuxième titre de cet album, cette revanche de Chunga, est d’ailleurs un modèle du genre : Road Ladies, ces Dames de la route : Frank Zappa chante l’intro, et Jeff Simmons lui donne la réplique, tandis que les deux nouveaux font les chœurs…

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Sur cet album, Frank Zappa se ménage bien sûr une petite plage où mettre une composition plus personnelle, comme cet arrangement paisible de Twenty Small Cigars, ces vingt petits cigares qui ne sont peut-être rien d’autre que les 20 Winstons qui remplissent les paquets du même nom qu’il consomme constamment.

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titre album durèe
Aybe Sea Burnt Weeny Sandwich 2’46’’
Dwarf Nebula processional march & Dwarf Nebula Weasels ripped my flesh 2’12’’
Directly from my heart to you Weasels ripped my flesh 5’16’’
Toads of the short forest Weasels ripped my flesh 4’48’’
Prlude to the afternoon of a sexually aroused gas mask Weasels ripped my flesh 3’48’’
Weasels ripped my flesh Weasels ripped my flesh 2’08’’
Get a little Weasels ripped my flesh 2’31’’
Road Ladies Chunga’s Revenge 4’10’’
Twenty Small Cigars Chunga’s Revenge 2’17’’
The Clap Chunga’s Revenge 1’23’’
Chunga’s Revenge Chunga’s Revenge 6’15’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)