Laurel canyon : QG idéal de Frank Zappa

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53’29’’

Citation : « il y a un flot constant de gens qui passent la porte. Tout ce que j’ai à faire, c’est de rester assis là, man ».

LE REQUIN BARJOT N°14 - 53’29’’

Dans la nouvelle et dernière demeure que la famille Zappa achète en 1969, tout est conçu de manière à faciliter et à servir le travail de Frank Zappa. Sa femme, Gail, s’occupe de tout et ne paraît jamais dormir. La maison est en activité 24h/24, avec d’énormes paquets de fringues qui s’entassent dans la buanderie, et des quantités de nourriture gigantesques – particulièrement des muffins – sont préparées en permanence pour les enfants et les visiteurs incessants.

De la cuisine, viennent les rires des Girls Together Outrageously, qui préparent un concert, apparemment dans un état d’hystérie perpétuel. Herb Cohen, le producteur, et son assistant se demandent d’ailleurs pourquoi Frank Zappa n’a pas un bureau en ville où il pourrait travailler…

C’est aussi cette année là que la famille s’agrandit, avec la naissance de Dweezil, qui avec sa sœur Moon Unit regarde une mini télévision en compagnie de ‘Gabby’ Janet Ferguson, qui habite un petit cottage dans le jardin. Kansas, le road manager du groupe, est pendu au téléphone avec une fille de Saginaw dont il ne se souvient plus, et Pete, qui se décrit elle-même comme une innocente fille de la campagne, est arrivé de l’Oregon cet été là, juste pour être avec les Mothers… elle habite dans une des chambres.

Le frère de Frank Zappa habite aussi là, il loge dans le vestiaire près de la piscine est à comme activité principale de faire tout ce que Frank chante dans ses chansons, travaillant un coup au snack du coin, un coup comme laveur de voitures. Dans le salon, un des murs est rempli d’un tableau d’Ed Bearsley qui figure sur la pochette de l’album d’Alice Cooper ‘Pretties for you’ que Zappa à sorti sous son label Bizarre & Straight records. Cet été 69, il y a aussi Tony Secuda et H, le roadie londonien de Jimmy Hendrix, qui sont là pour une durée indéterminée.

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Méga Citation-traduction : Miles, éminent biographe du génial Zappa.

Il est 5h45 du matin, et le sous-sol est calme. Un sifflement bas émane des énormes haut-parleurs. Le plafond n’est pas isolé, et on entend le jeu distant des chatons à l’étage d’au-dessus. La machine à café gargouille imperceptiblement. Frank Zappa est assis à son bureau, à ses côtés des cigarettes et du café noir sans sucre, il aime les deux intensément. Il écrit sa musique par à-coups, s’arrêtant pour contempler l’espace vide, puis écrit toute une série de mesures de croches. Des clusters d’accords se développent et posent problème, le poussant à saisir sa Gibson LesPaul, posée contre sa chaise. Le volume est fort dans la quiétude d’avant l’aube. Des partitions et des étuis d’instruments sont éparpillés sur le sol, croisés par des fils de casques et entourés par des bouts d’amorces de bande magnétiques en papier comme des pâquerettes dans un champ en été. A 9 heures, il ira au lit. Dans le jardin, Georgie, le berger allemand, commence déjà à mordiller la végétation semi-tropicale dans les premières lueurs du jour. La surface de la piscine est très calme. Des lignes de guitares assourdies venant de la maison sont absorbées par le luxuriant feuillage. Frank ne sort jamais ; il y a un flot constant de gens qui passent la porte. Tout c’que j’ai à faire, c’est d’rester assis là, mon gars, et il a raison. Ce soir-là, Captain Beefheart arrive pour manger. Comme Frank, il vit la nuit, évitant le soleil. A 6h30 du matin, Frank et Don marchent dans le jardin.

Zappa : c’était un tremblement de terre, tu l’as senti ?

Beefheart : oui, mais il était si faible qu’il a fait paraître les gens énormes.

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1969, c’est aussi une tournée de printemps, qui réunit Bunk Gardner aux vents, Don Preston aux claviers, Ian Underwood aux deux, Motorhead Sherwood au sax, Roy Estrada à la basse et au chant, Jimmy Carl Black, l’Indien du groupe, à la batterie, trompette et chant, Art Tripp aux percussions, Buzz Gardner au cor anglais et enfin Lowell George, à la guitare et au chant. Le batteur Billy Mundi viendra s’ajouter sur certains concerts.

En février, les Mothers of Invention jouent dans le bronx de New York, au Factory, puis à Stratford, Connecticut. Le 21, Frank Zappa donne une conférence à la nouvelle école de recherche sociale, allez savoir sur quoi, et un concert à lieu le soir même au Fillmore East, toujours à New York. Le 23 février, ils jouent au Canada, à Toronto.

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Citation : à propos du public américain de la fin des 60’s et du début des 70’s.

- Zappa : « je pense que les membres du groupe sont très optimistes quand ils disent que le public entend et adore ce qu’ils font sur scène. Je ne peux pas être d’accord avec ça. Je leur ai parlé (au public), et je sais combien ils sont bêtes. C’est pathétique ».

- Don Preston, clavier du groupe : « n’empêche qu’ils en redemandent quand on fait un bon concert ».

- Zappa : « Ils en redemandent parce qu’ils ont payé X dollars pour entrer, et qu’ils veulent le maximum de divertissement pour leur argent. Ca n’a rien à voir avec ce qui est joué. Fout n’importe quel groupe, et laisse le jouer jusqu’à la fin du concert, ce sera pareil : quoi que ce soit, ils en redemanderont ».

C’est en avril 1969, que sort Uncle Meat, 6ème album des Mothers of Invention (si l’on omet la compilation Mothermania), et bande originale d’un film qui n’est pas encore sorti. Frank Zappa dit en 1969 que cet album réunit la plupart de la musique d’un film des Mothers qu’ils n’ont pas encore terminé faute d’argent.

Un album très éloigné du précédent, et qu’il décrit comme un chaînon manquant entre les chansons des premiers albums et un type de musique plus… sérieuse, plus instrumentale.

Tout va dépendre des ventes d’Uncle Meat, pour ce qui est de savoir si le groupe va pouvoir continuer à survivre dans cette voie musicale. Selon Frank Zappa, si l’on s’arrête de chanter, le public cesse d’écouter. Il faut soit lui parler, soit lui chanter, mais ce public n’est absolument pas préparé à écouter de la musique, de la musique qui ne soit pas glandulaire, c’est à dire une musique sur laquelle on puisse danser. Si l’on s’aventure à jouer des quintes atonales ou des 7/8, on se retrouve en terrain dangereux pour ce qui est de payer son loyer de la semaine.

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titre album durée
Sharleena YCDTOSA vol.3 8’54’’
Watermelon in easter hay Joe’s Garage 9’09’’
Alley Cat The lost episodes 2’47’’
Trouble every day Mothermania 6’16’’
Electric Aunt Jemina Uncle Meat 1’53’’
Zolar Czakl Uncle Meat 0’57’’
Ian Underwood whips it out Uncle Meat nc

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)