Le complot du progrès

12/50
56’44’’

Citation : Frank Zappa en 1968 « Ils (la Cie de disques) m’ont envoyé un test-pressing de We’re only in it for the money dans lequel tout un tas de trucs avaient été censurés (...) avec un papier à signer comme quoi je les autorisais à sortir le disque. Je leur ai téléphoné et leur ai dit ‘vous ne pouvez pas sortir ce disque !’. Ils en avaient déjà pressé 40.000 ».

LE REQUIN BARJOT N°12 - 56’44’’

C’est en septembre 1968 que sort le 4ème album : We’re only in it for the money. La pochette est une parodie de celle du Sergent pepper’s lonely hearts club band des Beatles, où les fleurs sont remplacées par des légumes, les Beatles par les Mothers of Invention, et les figurants par d’autres, dont Jimmy Hendrix en bas à droite... juste là, là. C’est la collaboration de Cal Schenkel qui a permis d’arriver à un résultat si ressemblant, et si Frank Zappa laisse ainsi entendre que les Beatles ne sont dans le show-bizz que pour le fric, personne ne l’attaquera sur ce terrain.

Le hic, c’est que le péril est en fait dans la demeure : des modifications sont apportées à l’album alors que Frank Zappa est en Europe. Il est plus précisément en Hollande, à une cérémonie où on lui remet l’équivalent hollandais d’un Grammy Award, avec son album qui passe en musique de fond. Frank Zappa a tout de même l’oreille assez fine pour remarquer que des portions entières de ses morceaux ont disparu.

Quelques instants de réflexion passés, il déclare ne pas pouvoir accepter cette statue. Et il suggère que le prix soit remis à la personne qui a censuré son disque, puisqu’il est maintenant plus représentatif, son disque, du travail de cette perqsonne que du sien. Il donnera la statuette à un journaliste d’une revue de contre-culture rock, qui le mettra bien en évidence dans son bureau.

Frank Zappa doit brûler de rentrer aux États-Unis pour savoir quel fils de salaud crétin lui a tronqué ses morceaux.

(...)

Citation : Frank Zappa à propos d’Alice Cooper et des ses musiciens : « ...la première fois que je les ai vus, ils avaient l’air d’un groupe de gars tout droit venus du fin fond de l’Arizona ».

1968, outre l’année de sortie du 4ème album des Mothers of Invention, est l’année où vont se former les GTO, pour Girls Together Outrageously. Ces filles ensembles outrageusement, sont un concept qui doit beaucoup à Christine Frka, l’ancienne colocataire de Carl Franzoni au Log Cabin.

Cette rouquine pétulante, qui sort de la crypte sur la pochette de l’album Hot Rats, est en été 68 la baby-sitter de Moon Unit Zappa, qui va sur ses huit mois. C’est elle qui va recommander à Frank Zappa d’enregistrer un jeune musicien du nom d’Alice Cooper et son groupe, et elle s’occupera aussi de leur créer des costumes de scène, pour les sortir de leur look ‘vacher des steppes’.

Christine Frka est entourée à l’époque de miss Sparkie, miss Mercy, miss Pamela, miss Lucy, miss Sandra et miss Cynderella, et toutes ces jeunes femmes se dédient et se dévouent entièrement à tous les aspects du rock’n’roll – tout spécialement à la partie mecs dans des groupes qui ont de gros zizis.

La seule autre chose qui semble compter dans leur existence, est le concept de costumerie déchaînée permanente, et une compétition féroce sévit entre ces demoiselles, pour savoir laquelle s’habille de la façon la plus unique.

(...)

Citation : « On parlait des Plaster-Casters dans beaucoup de publications à cette époque. Sans doute à cause de ça, notre bureau a un jour reçu le catalogue d’un mec qui disait faire la même chose avec des organes féminins, des moulages en argent, très jolis... »

Nous laissions Frank Zappa et Eric Clapton peu avant ce concert de Chicago 68 ou les Mothers of Invention font la première partie du Cream vieillissant dans l’aversion réciproque et chronique de ses membres. Après ce concert, Clapton doit présenter à Frank Zappa les Plaster-Casters de Chicago, qui les attendent dans le hall de l’hôtel de Slowhand. Qu’ont donc de si particulier ces petites délurées de Plaster-Casters (moulages en plâtre) qui attendent les deux stars, comme deux représentants de commerce attendent un éventuel acheteur ?

Quand ils arrivent à l’hôtel, Clapton et Zappa identifient deux filles dont l’une porte la valise labélisée Plaster-Casters. C’est Cynthia et son assistante. Elles ne pipent mot et se contentent de suivre les deux lascars jusqu’à la chambre de Clapton.

Là, la fille à la valise commence à en sortir une série de statuettes en énumérant : …voici Jimmy Hendrix, voici Noël Redding, et ça c’est le roadie de… Puis elles sortent tout leur matériel sur une table basse ; tout ce dont une personne puisse avoir besoin afin de réaliser la réplique en plâtre d’un phallus humain… Frank Zappa et Eric Clapton ne sont intéressés par cette perspective ni l’un ni l’autre, mais vont tout de même discuter 3 ou 4 heures avec les Plaster-Casters de cette étrange activité. Ils apprendront ainsi que le matériau utilisé est le même que les dentistes utilisent pour faire des moulages de vos dents : une poudre qui, au contact de l’eau, devient malléable, pour finalement durcir suffisamment pour que l’on puisse y faire un moulage en plâtre.

Pendant que Cynthia prépare le glop, sont assistante turlutte le modèle, et il faut un sens du timing quasi-scientifique pour que le glop prenne le relais au moment opportun, et y reste jusqu’à qu’il ait suffisamment durci. Durant toute l’opération, le modèle doit faire un effort de concentration suffisant pour maintenir son état, sans quoi l’empreinte ne sera pas bonne.

(...)

Citation : « Taxez les églises ! »

Après la sortie du 4ème album des Mothers of Invention (We’re only in it for the money) en septembre 1968, Frank Zappa et son groupe vont reprendre la route, ou plutôt la voie des airs pour quelques dates de plus sur le sol européen.

Parallèlement, Zappa se bat avec la MGM qui s’obstine à chercher la petite bête et à voir dans les textes les plus anodins des allusions impubliables.

C’est durant cette seconde tournée sur le vieux continent que Frank Zappa refuse son Grammy Award hollandais quand il se rend compte des dégâts faits par la MGM à son album : des couplets purement et simplement amputés, quand ce ne sont pas des égalisations qui rendent le texte incompréhensible...

Ces déboires gracieusement offerts par la Métro ne feront que grossir le contenu du procès déjà en cours, que Frank Zappa remportera en 1976, quand la MGM lui remettra les masters de ce quatrième album. Des bandes que Zappa n’ira finalement récupérer qu’une dizaine d’années plus tard, allez savoir pourquoi…

(...)

titre album durée
The idiot bastard son We’re only in it for the money 2’43’’
It must be a camel Hot Rats 5’16’’
Concentration Moon We’re only in it for the money 2’17’’
Black Beauty Mystery Disc 5’23’’
Why does it hurt when I pee ? Joe’s Garage 2’36’’
Black Page #2 Zappa in New York 5’36’’
The Plot Of Progress - prologue Mothers ahead of their time 3’07’’
Progress / Like it or not Mothers ahead of their time 4’45’’-2’21’’

 

P.-S.

Bibliographie : 

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ; 
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ; 
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ; 
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997 
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens : 
- http://www.zappa.com/ 
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa 
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable) 
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable) 
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français) 
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)