Le lobbie des cœurs brisés n’existe pas encore en 1979

30/50
51’59’’

Citation : « les tournées deviennent de plus en plus longues, et j’en ai de plus en plus besoin ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°30 - 51’59’’

C’est le 19 janvier 1979 que le 25ème album de Frank Zappa sort, sur Discreet records DSK 2292, pour la référence vinylique. Il fait partie des albums que la tourmente avec la Warner avait bloqués, et cela explique le fait que cette année 79 va voir sortir pas moins de 6 albums, dont deux doubles ! Alors que ce Sleep Dirt envahit les bacs, Zappa est à Londres pour plusieurs choses : examiner la possibilité d’enregistrer des travaux pour orchestre sur le sol britannique, signer un contrat de distribution avec CBS, et enregistrer un album avec le violoniste Lakshmirnarayna Shankar, L. Shankar pour faire plus simple. Cet album sortira au printemps, en dépit de la difficulté que Zappa va rencontrer pour trouver un studio de libre. Touch me there, le titre de cet album, sera finalement enregistré dans deux studios différents, et mixé dans un troisième, le tout en moins d’un mois, puisque dès le 11 février 79 débute la tournée européenne annuelle du groupe.

La tournée va débuter en Angleterre, pour aller au sud jusqu’en Espagne, au Nord jusqu’en Norvège, et à l’Est jusqu’à Munich, pour un total de 40 dates. Mais en dépit de notre citation du jour, Frank Zappa consent quelque limite à ce rythme effréné. Son manager l’appelle au téléphone :
- on veut faire ce gros show télévisé à Paris, est-ce que ça te dérangerait de le faire durant ton jour de relâche entre Bruxelles et Paris ?
- oui, ça me dérangerait
- mais ça fait dans les 3 millions de téléspectateurs un dimanche !

Frank Zappa préfère avoir un jour de relâche, et il déclare en substance : « Si vous commencez à ne pas avoir vos jours de relâche, dans ces cas-là, c’est votre santé qui part en miettes. Je ne suis pas quelqu’un pour le temps froid, la nourriture bizarre, les conditions sociales déprimantes, les emplois du temps surchargés et le manque de sommeil. Quelques mois de ce régime, et vous ne voulez plus entendre parler de jouer de la guitare ou de quoi que ce soit d’autre. C’est épouvantable ».

(...)

Citation : « Le son, ce sont des données décodées à l’oreille. Les choses qui font le son sont des choses capables de produire des perturbations. Ces perturbations modifient ou sculptent le matériau brut qu’est l’air statique, dans la pièce, tel qu’il était avant que les musiciens ne commencent à déconner avec. Si vous générez des perturbations atmosphériques intentionnellement, vous composez ».

Second des six albums à sortir durant cette année 1979, Touch me There (touche-moi là) n’est pas à proprement parler un des albums de Frank Zappa, mais c’est un peu pareil. Il co-écrit quatre des sept titres que compte ce disque du jeune violoniste Lakshmirnarayna Shankar, qui joue principalement d’un violon électrique à cinq cordes Barcus Berry. Cet album réunit, outre le violoniste et Frank Zappa, le batteur Simon Philips, James Lascelles au claviers, Jack Emblow à l’accordéon, le guitariste Vicky Blumenthal et la chanteuse Jenny Lautrec. Le chant, sur Dead Girls of London devait être assurée par Van Morisson. Au dernier moment, Frank Zappa devra le remplacer, pour des raisons contractuelles.

Le disque sortira chez Mercury au printemps 79, alors que la tournée européenne bat son plein, et que le 26ème et double album est en cours de pressage. Attardons-nous cependant sur ce Touch me There, qui compte tout de même un premier titre qui met les choses au clair, par l’écriture même du morceau qui ne dépareille pas du tout de la discographie zappaïenne. Ce Dead Girls Of London, ces Filles mortes de Londres, sont inspirées par des filles rencontrées chez Tramps, le seul endroit ou trouver de la nourriture à deux heures du matin, après les sessions d’enregistrement. C’est Vicky Blumenthal qui fait le chorus de guitare.

Voyez-vous ce qu’elles sont ?
Entendez-vous ce qu’elles disent ?
Sachez que c’est triste mais vrai.
Elles se fringuent comme des nazes
Mais elles pensent que ça l’fait
Et elles ne vous servent à rien

Oh les filles mortes de Londres
Pourquoi agissent-elles ainsi ?

Peut-être que c’est l’eau,
Peut-être que c’est le thé
Peut-être la façon dont elles sont élevées
P’t’êtr’ ks’est les trucs qu’el’lisent dans les journaux
Qui leur garde cet air ahuri.

Oh les filles mortes de Londres
Pourquoi agissent-elles ainsi ?

Nous sommes les filles mortes de Londres
On pense qu’on est bonnes
Y’a vraiment rien qu’on assure
Sauf l’état d’esprit boutique

Vous les voyez danser en boite tous les soirs,
Comme un paquet de p’tites reines robotisées
Faisant des petits bruits de plaisirs en toc
Mais elles sont vraiment si pleines de beans
Oh les filles mortes de Londres
Pourquoi agissent-elles ainsi ?

(...)

Frank Zappa : « L’hostilité ouverte est la seule façon d’agir. J’enlève mes gants. Mon avocat les a appelés et a demandé des excuses. Je n’ai pas cherché la controverse, c’est la controverse qui m’a cherché »

titre album durée
Filthy Habits Sleep Dirt 7’33’’
Time is Money Sleep Dirt 2’49’’
Sleep Dirt Sleep Dirt 3’21’’
Dead Girls of London Touch me there 5’23’’
Darlene Touch me there 2’56’’
Wet T-Shirt Night Joe’s Garage 2’29’’
What ever happened to all the fun in the world ? Sheik Yerbouti 0’33’’
Broken hearts are for assholes Sheik Yerbouti 3’42’’
Baby Snakes Sheik Yerbouti 1’50’’
Rubber Shirt Sheik Yerbouti 2’45’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)