Les aventures de Gregory le pécari...

29/50
48’37’’

Citation : « L’orchestre est l’instrument ultime, le diriger une sensation incroyable. (...) Du podium, si l’orchestre joue bien, la musique sonne si bien que si vous l’écoutez, vous ferez une connerie. Quand je dirige, je dois me forcer à ne pas écouter, et penser à ce que je suis en train de faire avec mes mains, et où partent les informations ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°29 - 48’37’’

C’est à la fin de la tournée européenne de 1978 que sort le 24ème album de Frank Zappa, Studio Tan. Nous avons vu pourquoi cet album, ainsi que Sleep Dirt et Orchestral Favorites n’a pas de pochette signée Cal Schenkel, et il faut préciser aussi que les morceaux de ces trois albums sont enregistrés entre 1974 et 76. D’ailleurs, le titre qui ouvre ce Studio Tan de quatre titres, Frank Zappa l’a écrit en 72, durant son séjour en fauteuil roulant. Il s’agit d’un conte musical, à la manière de Billy La Montagne que nous écoutions dans le n°70, intitulé The Adventures of Greggery Peccary (les aventures de Gregory le pécari). Ce morceau de plus de 20 minutes est une de ces fables sarcastiques dont Zappa se sert pour souligner le ridicule de ses contemporains, avec ce coup-ci dans son collimateur les cols-blancs qui inventent tous les jours de nouvelles trouvailles qui rendent l’inutile indispensable, pour ces américains qui avouent eux-mêmes une longue tradition consistant à payer certaines personnes (des évangélistes télévisés, des psychologues) d’énormes sommes d’argent pour leur dire des choses que leur propre bon sens leur dirait, certains américains du moins.

On y retrouve, assurant la continuité conceptuelle si chère à l’auteur, des personnages récurrents, dont Billy la montagne et sa femme Ethel, l’arbre, ici dans des rôles de pure figuration. Un texte où d’étranges refrains sont d’une encore plus troublante actualité, et où ces philostophes ont pris le T de prédicateur, allez savoir pourquoi.

Les aventures de GREGGERY PECCARY !
Oh, voici GREGGERY,
P’tit GREGGERY PECCARY
Le grégaire et nocturne
Cochon sauvage
Un pécari
Est un petit cochon
Avec un col blanc
Qui traîne habituellement
Entre le Texas et le Paraguay
Allant parfois aussi loin à l’Ouest
Que Catalina

Catalina, Catalina, Catalina !
Ce pécari particulier
Fait partie de cette audacieuse (audacieuse)
Nouvelle (nouvelle) espèce (espèce)
Qui se distringle
Par une marque ressemblant à une
LARGE CRAVATTE
Juste en dessous du col blanc
"Si c’est assez blanc
Tout le monde saura
Qu’la cravate que j’porte
Est un symbole
D’la subtilité que mon esprit aura
Ooh-ooh !"

(cochon suave !)
Faites gaffe ! L’voici v’nir à nouveau !

Voici venir GREGGERY PECCARY.
[Yes it’s cravy, cravy, yeah... ]
Tous les matins, GREGGERY conduit
Sa p’tite Volkswagen rouge jusqu’à l’horrible
Partie d’la ville où sont les immeubles gouvernementaux

"Voodn, Voodn !
Mec, c’est si dur de trouver une place où s’garer ici !"

GREGGERY PECCARY prend l’ascenseur
Jusqu’au 83ème étage d’un immeuble
Gris, lugubre, et malfaisant
Avec une grande enseigne sur la façade disant :
Gros rapide & associés, négociants en tendances
Et qu’est-ce, pourriez vous d’mander, qu’un négociant en tendances ?
Ben, un négociant en tendances est une personne qui invente une tendance
(comme ’le Twist’ --- ou le ’Flower Power’),
Et la répands partout sur la terre, utilisant tous les terrifiants petits outils que la science a rendus disponibles !
(...)

(...)

Le 11 décembre 1978, lors d’un concert à Denver, Frank Zappa est touché par une bouteille de bière volante qui lui atterrit sur l’épaule. Fort de sa mésaventure de l’hiver 71, il ne laisse plus passer ce genre de manifestation, et interrompt le concert, déclarant : « bon, je ne recommencerai pas à jouer jusqu’à que ce trou du cul soit sorti de la salle ».

James Collins, 23 ans, est emmené par la police.

Citation : « Tous les quatre matins vous entendez un représentant du syndicat des musiciens se plaindre de ce que les possibilités offertes par des appareils comme les échantillonneurs mettent des musiciens au chômage. Je ne crois pas que cela arrive jamais. Il y a encore plein de gens qui croient que la seule véritable musique est une musique jouée par des êtres humains (portant du cuir et beaucoup de cheveux).
D’autres personnes des syndicats ont le sentiment que si vous samplez l’instrument d’un musicien, vous aspirez d’une façon un peu magique (ne riez pas) la musique hors du musicien, le privant ainsi d’un revenu potentiel et d’une dignité intangible.
La musique vient des compositeurs, pas des musiciens. Les compositeurs l’imaginent, les musiciens l’interprètent. Si un musicien improvise pendant son interprétation, il devient, durant ce moment, un compositeur. Le reste du temps, il est l’interprète d’une pièce musicale à l’origine duquel se trouve un compositeur. Les compositeurs n’ont pas de syndicat, et celui des musiciens leur rend de nos jours la vie de plus en plus difficile, avec certaines technicité de livres de loi. Les syndicats de musiciens ont aidé à créer un marché pour des machines à échantillonner, mais refusent de l’admettre ».

C’est une bonne vingtaine de concerts qui vont remplir, entre le 14 septembre et le 11 décembre, le reste de cette année 1978. Le 24me album de Frank Zappa (Studio Tan) est dans les bacs le 15 septembre, comme son nom l’indique c’est un album studio, enregistré à L’UMRK, The Utility Muffin Research Kitchen, pour Dispositif Cuisine de Recherche sur le Muffin. Ce bronzage studio (nous sommes en californie) se voit chez Zappa, comme le nez au milieu de sa figure, sans qu’il soit besoin de préciser que son studio est en sous-sol. Il a en effet le teint endive de la plupart des ingénieurs du son de son temps, mais après tout il est guitariste, déjà donc au troisime sous Sol, dont il ne se plaint pas.

Les Aventures de Greggery le Pécari, que nous fouillions au corps hier, présage assez bien d’une des directions musicales que prendra le travail de ce dur à cuir du chaud business : la comédie musicale. Un genre trop mièvre au goût de Frank Zappa, en ce qu’il consiste 99 fois sur 100 en un divertissement facile, trop facile, avec trop de paillettes pour remplir le vide insondable des scénari, et réchauffer la glaciale propreté de leurs interprètes. Thing Fish confirmera la tendance en 84, un véritable pamphlet, mais dès ce 2 décembre 78, Frank Zappa donne une lecture d’un extrait de Nacked Lunch, le trou du cul parlant , lors de la Nova Convention de New York, célébration de l’œuvre de William Burroughs. Zappa dîne avec Burroughs, et soumet l’idée d’une adaptation du texte à la sècne. Elle ne verra pas le jour.

(...)

titre album durée
The adventures of GREGGARY PECCARY Studio Tan 21’
Revised music for guitar and low budget orchestra Studio Tan 7’37’’
Lemme take you to the beach Studio Tan 2’45’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)