LSO, Boulez, Francesco...

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Citation : « Gail fait la cuisine… peut-être une fois ou deux par mois. Le reste du temps, elle est au téléphone et s’occupe du business ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°38 - 58’01’’

L’inconvénient de posséder sa propre maison de disque, est qu’il faut se financer soi-même, et la plupart des gens qui font de la musique se trouve plus à l’aise de signer un contrat et de laisser quelqu’un d’autre payer sa production. Peu de musiciens ont le tempérament à s’occuper du côté business de la farce, et Frank Zappa reconnaît lui-même qu’il a de la chance, car c’est sa femme, Gail, qui s’occupe du côté mondain de leur petite entreprise, chose qu’elle trouve fascinante… selon son mari en tout cas.

Ce dernier, quand il n’est pas en tournée six mois de l’année, travaille principalement la nuit à sa musique, car l’activité diurne incessante qui sévit au logis de la famille Zappa rend impossible tout travail de studio en raison des interruptions constantes. À propos du jour et de la nuit, il écrit « Le jour est c’est vraiment la partie moche de la journée. Tant de gens sont réveillés, et si je sors, je sais ce qu’ils pensent tous. Ils font principalement de mauvaises choses. Des criminels en cols-blancs qui foutent le monde en l’air. Beurk sur eux ! La nuit est bien meilleure. Non seulement elle est plus calme, mais je peux ressentir l’absence des conneries de la journée. Les gens se sont arrête de courir partout. Ça ne me dérange pas qu’ils courent partout pensant que je dors dans la journée, je saurai bien ce qu’ils manigançaient quand je me réveillerai et que je regarderai le journal de six heures ».

Cette répartition des taches dans le couple Zappa fait en sorte qu’ils ne se voient pas beaucoup, et c’est là, semble-t-il, la raison de son bon fonctionnement. « Cette division du travail fonctionne le mieux quand on ne se voit pas. Comprenez-moi bien, Gail est aussi ma meilleure amie. Si vous ne pouvez pas être amical avec votre épouse, ça va pas être marrant de vivre ensemble. L’amitié (un peu de sentimentalisme) est une dimension très importante. Je crois qu’un mariage sans amitié doit être plutôt épouvantable. Dans des interviews, Gail a dit qu’une des choses qui font marcher notre relation est le fait que nous pouvons difficilement nous parler ».

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C’est Gail Zappa, lors d’une de ces journées de travail pour l’entreprise familiale, qui ouvre le volume 20 du dictionnaire de la musique et des musiciens New Grove, à la recherche de ce qui est dit de son Frank de mari. Quelle n’est pas alors sa surprise de lui découvrir un homonyme, compositeur italien du 18ème siècle répondant au nom de Francesco Zappa.

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Les dictionnaires ne mentionnent ni la date de naissance, ni celle du décès de Francesco Zappa, mais seulement le fait qu’il fut connu de 1763 à 1788, une époque marquée par le moteur à vapeur, les perruques poudrées, et Mozart. Violoncelliste, ce Zappa là gagne sa croûte en jouant des airs digestifs aux nobles siciliens, jusqu’à qu’il en trouve un d’assez riche pour penser à lui dédier une composition. Puis il quitte ce Conte Cantati pour partir à Londres, où il re-dédie la même composition (six sonates pour trio) à un anglais qui ne se doute de rien. C’est aussi en Angleterre qu’il se trouve un job plus stable, comme Maître de musique pour le compte du Duc de York, ni plus ni moins. Il trouvera même un éditeur, et sa musique sera distribuée jusqu’aux États-Unis, une distribution lui valant même de faire quelques concerts en Europe. S’auto-rebaptisant François, il s’installera ensuite à La Hague, où il trouvera assez de place pour jouer du violoncelle, et trouver de nombreux élèves grâce à sa réputation internationale. La date de sa mort n’est pas répertoriée, et les rumeurs selon lesquelles il serait parti en Amérique dans un petit bateau avec pour rame son violoncelle, ou qu’il aurait fait fortune en Angleterre grâce à l’invention du préparateur de gin-tonic à vapeur semblent certainement très apocryphes.

Frank Zappa décide alors d’interpréter cette musique au synclavier, et de sortir « le premier enregistrement de Francesco Zappa depuis 200 ans ».

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Citation : « Les américains utilisent les drogues comme si leur consommation donnait un permis spécial de se comporter comme un connard. N’importe quel acte haïssable auquel ils ont pu participer la nuit précédente est instantanément excusé par le simple fait de dire qu’ils étaient stone lorsqu’ils l’ont commis ».

En 1984, la tournée du 20ème anniversaire de la carrière de Frank Zappa réunit Ike Willis et Ray White (guitare et chant), Napoleon Murphy Brock au sax, le bassiste Scott Thunes, Chad Wackerman à la batterie, ainsi qu’Alan Zevod et Bobby Martin aux claviers, ce Bobby Martin qui pousse aussi la chansonnette comme nous le verrons.

Cette tournée US, Canada et Europe, débute du 18 au 22 juillet, au Palace Theater de Los Angeles, pour ensuite passer par San Diego, Santa Cruz, Berkeley et Santa Barbara, où va se produire un tournant. Le chanteur saxo-phoniste Napoleon Murphy Brock quitte le groupe, ce qui est un doux euphémisme pour dire qu’il se fait virer. La raison de ce départ est donnée sans ambiguïté à la presse par Frank Zappa : « l’altération chimique n’est pas quelque chose qui se marie bien avec la performance de précision ».

C’est dommage, mais cela lui pendait au nez, à Napoleon, car ce n’est pas la première fois que son penchant pour la cocaïne lui fait perdre un peu les pédales, et plus précisément les touches de son saxo. Déjà, lors du concert donné à Osaka le 3 février 1976, sur Black Napkins, il avait bien failli se faire virer pour ça...

Ce coup-ci, on ne sait pas trop ce qui s’est mal passé, mais bon ! la tournée 84 continue… sans cet équipier de la première heure ; goodbye Napoleon

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Stuttgart, Boblingen, Munich, Vienne, Marseille, Nice, Gènes, Milan, Viareggio, Venise, Bologne, Rome, Naples et Padova termineront la partie européenne de cette tournée, qui comptera encore 39 dates sur le continent nord-américain avec pour finir un concert à Portland le 20 décembre 84. (...) C’est le lendemain de cette dernière date que sort le 41ème album de Frank Zappa, Them Or Us.

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Citation : « Quand nous célébrons l’ignorance, et en faisons le standard d’excellence nationale, nous nous embarrassons. Nous la célébrons dans nos tubes, nos sitcoms TV, beaucoup de films, la plupart des publicités, et dans une grande mesure dans nos écoles. Notre système scolaire entraîne les enfants à être ignorants avec style (...). Ils sont dressés et lancés pour fonctionner comme des machines à acheter sans esprit, pour les produits et les concepts de complexes militaro-industriels internationaux qui ont besoin d’un Monde de Cloches pour survivre ».

C’est le 21 décembre 1984 que Frank Zappa sort son 42ème album, un double vinyle, dont nous écoutions le titre éponyme la dernière fois : Them Or Us. C’est le 21 décembre 1984 qu’il sort aussi son 43ème album, une comédie musicale en trois disques du nom de Thing Fish, un poisson chose dont nous parlerons bientôt… Them Or Us, qui nous occupe pour l’heure, ne sortira en CD que deux ans plus tard, mais gagnera au passage un morceau de plus, et il ne s’agit pas là d’une composition de Frank Zappa, mais d’un titre des Allman Brothers : Whipping Post. Ce choix va causer la surprise chez les critiques, à qui Frank Zappa explique : Je vais vous dire comment c’est arrivé. On jouait à Helsinki, Finlande, il y a six ou huit ans, et au beau milieu de cette jolie salle de concert très calme, une voix lança du fond de la salle : « Whipping Post ! ». J’ai pensé à ce moment-là, si seulement on le connaissait on pourrait lui faire péter les chaussettes à ce gars là. Vous savez, ce serait grand de faire juste… Whipping post ? mais bien sûr, va te faire ! le voilà.

(...)

Frank Zappa poursuit : …Alors, quand on a eu Bobby Martin dans le groupe, j’ai dit : il peut chanter le feu sur Whipping Post, alors allons y ! Le groupe a dit ‘c’est foutrement vrai, faisons le !’. Personnellement, je n’ai jamais écouté la musique des Allman Brothers. Mais j’aime bien Whipping Post. En fait, je pense même qu’ils l’avaient joué la première fois à ce festival pop au stade de base-ball d’Atlanta il y a des années et des années. C’était la première fois que j’entendais cette chanson et je l’ai aimée, je l’ai trouvée vraiment bonne, mais je ne suis pas un consommateur d’Allman Brothers.

C’est l’occasion en tout cas d’une des performances de ce Bobby Martin qui manie aussi bien les claviers, les saxos ou le cor à piston.

(...)

titre album durée
Francesco Zappa op.1, n°1-2nd mvt, allegro con brio Francesco 1’27’’
op 1, n°6, 2nd mvt- Menuet Francesco 2’01’’
Dupree’s Paradise The Perfect Stranger 7’52’’
Cocaïne Decisions Hammersmith Odeon sept 1984 2’50’’
Them or us Them or us 5’23’’
Whipping Post Them Or Us 7’32’’
Frogs With Dirty Little Lips Them or us 2’42’’
Ya Hozna Them Or Us 6’26’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)