On ne pourra plus jamais faire ça sur scène ?

23/50
46’43’’

Citation : « A la maison, un jour normal pour moi se passe en travaillant tout seul et sans parler à personne, du coup, je dois vraiment bousculer ma vie pour aller sur scène. Pour autant que j’aimerais bien y aller et être moi-même, ce moi-même là serait tout à fait chiant et irregardable sur une scène. Je n’ai pas les aptitudes pour la gymnastique habituelle du rock’n’roll. (…) Si je suis de mauvaise humeur, j’essaie de ne pas partager ça avec le public, mais d’un autre côté je ne suis pas du style à mettre mon masque de Mr Content et prétendre que tout va bien dans le meilleur des mondes. Jouer un mensonge est pire que de le dire ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°23- 46’43’’

En cette année 74, Frank Zappa et son groupe mettent les bouchées doubles, portés par un répertoire considérablement enrichi par les deux derniers albums, Overnite Sensation et Apostrophe. Si ces deux albums sont marqués par des compositions où la virtuosité de l’ensemble s’exprime au travers de tempi qui déboulent, on ne peut passer à coté d’Uncle Remus co-écrit par Zappa et George Duke, qui est un peu ce que Montana est à l’album Overnite Sensation. C’est par contre un morceau assez court et émouvant, avec un texte qui ne ressemble pas aux fictions comiques et narratives des autres. À noter que l’expression garder son nez sur la meule signifie ne pas avoir de répit, qu’une afro est la mode capillaire de l’époque pour les noirs, qui se laissent pousser les cheveux en une grosse sphère autour de leur tête, et que dans les demeures des riches propriétaires du sud des États-Unis, des poteaux en métal représentant souvent des jockeys noirs étaient utilisés pour accrocher la bride des chevaux, les noirs étant alors employés comme lads, et aussi comme jockeys pour des courses informelles...

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La tournée de cette année 74 se poursuit au mois de mai à St Louis, Indianapolis, Milwaukee, Little Rock, Tampa, Miami, St Petersburg, Phoenix, San Carlos et Culver City, où Frank Zappa est l’invité d’une émission spéciale de télévision, aux Culver City Studios. Là, le groupe donne un concert dont la vidéo sortira dans les années 80 dans les Dub Room Specials, et qui donnera lieu à la sortie de l’album A token of my extreme (le titre de l’émission étant a token of his extreme), un extrait de son extreme…

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Citation : « Des explosions nucléaires sous le désert du nevada ?! Putain, mais pourquoi est-ce qu’on fait des tests ?! On sait déjà que cette merde explose ! »

La tournée 74 suit son cours, par Los Angeles et San Diego, puis par pour l’Europe, à Rome, Udine, Bologne et Milan, les 6, 7, 8 et 9 septembre. Le 10, c’est en Sicile qu’ils jouent, à Palerme, alors que sort dans les bacs états-uniens le double album Roxy & Elsewhere, qui regroupe justement des morceaux enregistrés au Roxy (de Los Angeles) et ailleurs. En matière de virtuosité, les morceaux s’enchaînent comme s’il n’étaient qu’un, à l’image des cinquième et sixième morceaux, Echidna’s arf et Don’t you ever wash that thing. On y trouve un camion de signatures rythmiques, un cargo de notes, un bon paquets de 16 musiciens, des choristes en maillot, des groupies émaillées, 80m2 de polyane doré, une citerne d’accords et une dépense calorique incalculable.

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Les dates s’enchaînent à un rythme plutôt effréné, en ce mois de septembre 74. Le 11 à Vienne, le 12 à Francfort le 13 à Munich, le 14 à Berlin, le 16 à Hambourg, le 17 à Helsinki, le 18 à Oslo, le 19 à Stockholm, le 20 à Copenhague, et le 22 sept 1974, c’est un nouveau concert à Helsinki qui donnera en octobre 1988 le vol. 2 de la série des You can’t do that on stage anymore (on ne pourra plus faire ça sur scène).

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Citation : Frank Zappa en 1988, à propos de ce concert… « ce concert était marrant, en dépit du fait que Napoléon Murphy Brock avait une pneumonie et que Coy Featherstone, notre chef éclairagiste, s’était fait hallebarder la tête par un garde de l’hôtel Hesperia le soir précédent. Le répertoire est assez semblable à celui du Roxy, toutefois les tempi ultrarapides sur les morceaux les plus difficiles démontrent ce qu’il se passe quand un groupe a joué sa matière pendant un an, et qu’il se sent assez confortable avec pour pouvoir le jouer les yeux fermés (…). L’équipement était toujours misérable, avec plein de bruits et de buzz, mais c’est un des préférés du public ».

Helsinki, capitale de la Finlande, ses 500.000 habitants, son urbanisme moderne, ses musées, son port, son centre industriel, le poisson fumé, le schnaps et son élastique ensoleillement, mais aussi, et bien sûr ! ce concert de Frank Zappa et des Mothers of Invention, le 22 septembre 1974. Si ce n’est qu’en 1988 que sortira l’album de ce concert, le vol. 2 des You can’t do that on stage anymore, c’est que le père Zappa va faire quelques petites bidouilles sur cet album, qu’il ne doit pas tout à fait trouver à son goût dans sa mouture originelle. Il y remplacera notamment la batterie de Chester Thompson par celle de Chad Wackerman, grâce à la numérisation bien impossible en 1974… Enfin, c’est ce qu’en dit un collaborateur à la St Alphonzo Pancake Homepage, car il est écrit sur la pochette dudit album, et en capitales d’imprimerie siouplait, ABSOLUTELY NO OVERDUBS…

Bien plus amusante que ces histoires de remixeries et autres traficages, est la prestation de ce 22 septembre 1974. Parcourant sans relâche toutes les scènes d’Europe et d’Amérique, et les hôtels qui vont avec, le room service d’un hôtel tout aussi germanique qu’imaginaire va être l’objet d’un sketch délirant entre Frank Zappa et Napoléon Murphy Brock, qui supporte sa pneumonie. Ils sont tous deux flanqués d’un téléphone géant en mousse ; un modèle courant pour Frank Zappa, et un du début du siècle pour Napoléon, qui vont sonner après ces deux minutes trente de musique.

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Toujours lors de ce mémorable concert à Helsinki, Frank Zappa et son groupe exécutent une demande spéciale, Satumaa, un tango finnois de Unto Mononen librement interprété, au début duquel la bouillabaisse refait son apparition, et qui contient une petite chanson ‘version originale’, dont voici quelques lignes :

Oi jospa kerran sinne satumaahan kayda vois, niin sielta koskaan lahtisi en linnun lailla pois. Vaan siivetanna en voi lentaa vanki olen maan, vain aatoksin mi kauas entaa sinne kayda saan.

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titre album durée
Uncle Remus Apostrophe 2’44’’
Son of Orange County Apostrophe (extrait) 4’54’’
Echidna’s arf (of you) Roxy & Elsewhere 3’53’’
Don’t you ever wash that thing Roxy & Elsewhere 9’41’’
Building a girl You can’t do that on stage anymore Vol.2 1’00’’
Room service You can’t do that on stage anymore vol. 2 6’22’’
Satumaa You can’t do that on stage anymore vol. 2 3’50’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)