Un petit lavement pour le caniche du douanier Fritz

46/50
59’52’’

Citation : « L’idée… même de l’esthétique est presque un concept étranger en Amérique du Nord. Il y a certains mots que l’on n’utilise pas aux États-Unis, tu peux dire FUCK autant que tu veux, les gens comprennent ça. Mais tu ne peux pas dire intellectuel, tu peux pas dire culture, et si tu dis esthétique, ça… ça les laisse confondus. Aussi ce sont des concepts qui sont étrangers à cette culture. ».

LE REQUIN BARJOT V3 N°46 - 59’52’’

C’est au mois d’août 92 que se termine la série des six doubles CDs de You Can’t Do That On Stage Anymore (On Ne Pourra Plus Jamais Faire Ça Sur Scène), avec la sortie des deux derniers volumes. Ils sortent d’ailleurs tous les deux ensembles, 5000 copies dans un boîtier en bois peint en rose destiné à accueillir toute la série. Les fans les moins fortunés pourront acheter le volume 5 tout seul mais devront attendre deux mois avant de pouvoir acheter le volume 6 séparément. Le 5ème, dont nous écoutions quelques extraits dans le précédent Requin Barjot, est consacré aux formations de 82 pour le second CD, de 65, et principalement 69 pour le premier. À propos de ces titres de la toute première heure, si Frank Zappa précise laconiquement dans la pochette qu’ils sont là, je cite,pour l’amusement de ces collectionneurs qui croient encore que le seul bon matériel a été joué par ces premières formations, on ne peut être insensible au charme du titre qui ouvre ce volume 5 : The Downtown Talent Scout. D’abord, l’univers 60’s et les débordements de la paranoïa policière californienne marquent une période fondamentallle des textes de Frank Zappa, puis on entend sur cet enregistrement de 1965 la voix d’un Frank Zappa de 25 ans, avant la tentative de zappicide londonienne de 71 qui la lui fit choir d’une tierce, pour lui donner ce timbre grave qu’on lui connaît davantage. On peut lire dans la pochette l’amusante explication qu’il donne de la chanson : « Les paroles font référence aux gars qui avaient l’habitude d’espionner tous les déjantés d’Hollywood au début des années 60. On a jamais su s’ils étaient du FBI, de la CIA, du DEA ou quoi, mais ils faisaient des trucs vraiment stupides, comme de débouler dans des restaurants (une fois, c’était celui de Ben Frank, sur Sunset), de filmer en 8mm tous ceux qui avaient l’air bizarre, puis de repartir en courant dans une voiture qui attendait dehors. Ils se faufilaient aussi près de votre maison aux premières heures du jour, à fouiner. J’en avais trouvé une paire (en costard cravate) devant ma porte à 6h du matin, quand on habitait sur Kirkwood ».

(...)

En plus de la musique, Frank Zappa a glissé dans ce 1er CD du vol.5 quelques conversations entre ses musiciens, enregistrées dans le bus, ou bien dans les coulisses, et qui donnent le ton de l’ambiance « on the road ». On a même droit en tous derniers titres à l’interprétation d’une scène de douanes par les Mothers of Invention, caricaturant un douanier allemand du nom de Fritz, avant de se refermer, ce CD, sur une version inédite de My Guitar Wants to Kill Your Mama… inédite dans la discographie officielle, mais tout de même sortie sur un pirate titré Vitamin Deficiency, déficience en vitamine (on comprends pourquoi, vu le tempo tranquillo).

Uhh, puis-je voir vos papiers s’il vous plaît ?
Uhhh, laissez moi voir.
Donnez-moi votre valise, laissez moi l’ouvrir.
Je suis juste un peu nerveux vous comprenez.
Ouvrez la valise.
Ça n’est pas arrivé… trop souvent.
Uh-huh, je vois, combien… 62 paquets de cigarettes ? Pourquoi apportez-vous tout ça en Allemagne ? Vous faites ça pourquoi ?
Je… Je…
Depuis combien de temps habitez-vous à Berlin ?
Je n’habite pas à Berlin.
Où habitez-vous ?
J’habite au Texas
Au Texas ?
Au Texas.
Oh je vois, Lyndon Johnson vit au Texas aussi, n’est-ce pas ?
Oui, je sais, c’est bien vrai.
Ooh, hm c’est bon alors.
C’est bon ?… si je referme ma valise ?
La refermer ? !
Ha, ha ha ha.
Vous me laisseriez une de ces cigarettes ? Bon, qui est cette dame avec vous ?
Quelle dame ?
Cette dame ici, debout à côté de vous.
Oh, c’est euh, c’est euu...
Elle a-t-elle papiers aussi ?
PAPIERS ! Faites moi voir vos papiers !
Comment se fait-il que vous hurliez autant, qu’avons nous fait ?
Je ne hurle pas !
Nous essayons juste d’entrer dans le pays.
C’est mon pays, c’est pas votre pays, je poussé ici, je suis debout ici des années et des années à faire ça à chaque fois. Vous mettez moi très en colère.
C’est bien le Fazerland.
C’est le Fazerlan, oui !
Écoutez, vous devriez contrôler tous les Mothers. Et faites la queue dès que vous avez fini
Vous en avez… fini avec moi, sir ?
Vous pouvez vous mettre par ici à droite.
Merci !
Mon nom est Fritz, ouvrez la valise s’il vous plaît ?
Juste un moment, juste un moment.
Qu’est-ce que c’est, il y a 62 copies de Crottin Magazine ? Pourquoi vous amenez Crottin Magazine ici ?
C’est une blague, attends, attends.
Qu’est-ce que c’est que ça, là ?
Attends attends. Je ne t’oublierai jamais Fritz.
Hum, ok, suivant, vous pouvez fermer ça maintenant. (allright) Suivant, c’est à qui ? uh, le voilà. Qui êtes vous ? donnez moi vos papiers.
Voici, mes papiers.
Uhh, votre nom est Duke ? c’est quoi ce Duke, Duke DeWild. Vous avez vu beaucoup de films allemands ? vous allez au cinéma ?
Je n’vais jamais au cinéma.
C’est quoi ça ? ! vous amenez ça en Allemagne, ce sont des outils japonais. Pourquoi amenez vous des outils japonais en Allemagne où nous faisons les meilleurs outils du monde ? ! Vous ! Qu’est-ce que vous faîtes ? C’est 60 marks pour vous ! oh mon dieu, que se passe-t-il avec vous ?
(tousse tousse)
Oh mon dieu, s’il vous plaît pas ici. Allez… (# !\^@) Oh mon dieu, que faites vous ? ! Oh, qui êtes vous, what is your name, donnez moi vos papiers. Votre nom est Larry ? Larry Frnoga ?
Yes.
Larry Frnoga ?
Larry Frnoga
Oh mon dieu, que faites vous ? pourquoi vous faites ça ?
Ve frappe le feuval four qu’il aille plus vite.
Ce n’est pas un cheval, c’est une table.
F’est quoi la différence ?
Ha, ha, ha
Va pas très vite, hein, pour une table.
Qu’est-ce que c’est… Ohhh, zefrin, une marque CL of ah (# !\^@) spray nasal. Vous avez un rhume ? Depuis quand avez vous un rhume ? !
À peu près un an.
Vous avez un rhume depuis un an ? ! (environ), vous essayez d’amener un rhume dans ce pays ?. Oh mon dieu, ne toussez pas sur moi. Que dit cette médaille ? Ca dit "prix de la survie de Berlin 1968" ?!
C’est là que j’ai attrapé mon rhume.
Vous étiez déjà ici à Berlin ?
C’est ça.
Que, que faisiez vous à Berlin ?
Je donnais un concert.
Vous avez donné un concert à Berlin ?
C’est ça.
À qui ?
Au peuple allemand.
Au peuple allemand ? !
Oui.
Ne prenez pas le peuple allemand à la légère, je vous le dis. Qui est cet homme ici ? Est-ce Arthur, Arthur Tripp ?
Arthur
Arthur Tripp. C’est un nom allemand n’est-ce pas ?
Anglais.
Tripp ?
Ja.
Tripp ?
Ja.
JA ?!
Ja, ja-ja...
Arrétez de pouffer, vous vous amusez trop, vous savez qu’on narrête les gens qui s’amusent trop ici.
Je vous demande pardon ?
Quand vous venez dans le pays de quelqu’un d’autre, vous courrez partout sur l’herbe et salissez tout sur votre passage ?
Non, je reste plutôt près des bars.
Vous savez, vous, z’avez tous l’air... des bars ?! Nous avons beaucoup de bars ici.
Pour sûr. Heh-heh, excusez moi si je rigole.
Ne riez pas.
Ok, je vais faire ça.
Qui est cet homme là, l’autre homme ?
Il est notre leader.
Il est votre leader ?
Ja.
Qu-quelle est sa fonction, et comment vous dirige-t-il ?
Il nous dirige par… avec des signaux, différents bruits vocaux.
Des bruits vocaux ? Quels sont ces bruits ?
Euh, peep.
Peep ?
Poowah.
(ensemble) Pooowahhhhhh ! !
Je vois que vous tous êtes très bien organisés, nous aimons tous l’ordre en Allemagne vous savez. Vous avez n sourire si agréable, puis je voir vos papiers ?
Voyez vous… je n’ai pas précisément mes papiers avec moi, je…
Vous n’avez pas de papiers ?
Je les ai peut-être laissés dans mon autre sac.
(il a pas d’papiers, hm ?).
(il a pas d’papiers.)
J’veux dire, s’il y a quelque chose que je puisse faire pour vous.
N’avez vous aucune pièce d’identité ?
Une pièce d’identité, voyons voir...
C’est une jolie montre que vous avez là.
(Was ist los ?)
Avant y’avait un Mickey Mouse là, je...
Je vais vous dire c’que j’vais faire. Si vous me donnez cette montre…
NEIN !
C’est un très étrange accent allemand
Ja ha ha ha.
Êtes vous sûr ?
Vous êtes de Strasbourg ou quoi ?
(c’est un espion russe, je pense qu’il est russe)
(moi aussi)
(attrapez le)
Les mains en l’air !
Oh mon dieu, que se passe-t-il ?
Vous voulez un lavement ?
Non, j’prendrai un cheeseburger.
Pourquoi le cravate part de votre cou ?
Je m’entraîne à voler. Pourquoi tout le monde dans ce groupe avoir cravate qui part du cou ?
Ils sont tous zarbi !
Donnez moi votre montre.
(j’fais toujours pas confiance à l’accent d’ce gars)
Qui c’est ça, qui, qui ? Venez ici, par ici. Avez vous une valise ?
Il faut surveiller celui là.
Il faut surveiller celui là, bien, ouvrons la valise. Ok. Qu’est-ce que c’est, oh, vous aussi portez beaucoup de cigarette. Ces quoi ces textes. Aah ce sont des paroles :
Ma guitare veut tuer ta maman
Ma guitare veut brûler ton papa
Je deviens vraiment méchant quant’y’m’fou en rogne.
C’est, c’est très bon, c’est très normal, des paroles allemandes ! Vous êtes tous les bienvenus dans notre pays.

HA HA HA
Ne riez pas...

(...)

Citation : « Le caniche mord, le caniche le mâche »

Dès les premiers jours de ce mois de septembre 1992, Frank Zappa se rend à Francfort pour les répétitions finale avec l’Ensemble Modern pour les concerts qui débutent le 17. Les choses se compliquent par l’utilisation d’un système de sonorisation multicanal (il y en a 6) ; bien avant que l’on entende parler du 5.1 dans les chaumières, en bon éternel précurseur qu’il est, il en était déjà au 6.0. Un raffinement supplémentaire est utilisé sous la forme d’un anneau suspendu où sont fixés 6 microphones, et qu’un opérateur peut déplacer au-dessus de tel ou tel instrumentiste, avec la possibilité de passer de l’ensemble tout entier à un seul instrument. Pendant ces tous derniers préparatifs, le public peut s’attarder sur le 6ème et dernier volume de la série You Can’t Do That On Stage Anymore (YCDTOSA).

Ce volume est consacré pour une bonne part à la chose, avec toute la panoplie des titres les plus scabreux de son répertoire, pour la compréhension duquel il suffit de regarder le premier et le dernier titre de ce double album : le Serment de Loyauté Anti-Grossièreté des Mothers of Invention de 1970, et l’hymne à la mansuétude qu’est l’incontournable Strictly Genteel, même s’il s’agit pour l’occasion de la version instrumentale.

The Mothers of Invention Anti-Smut Loyalty Oath est enregistré en Floride en septembre 1970, en tout cas d’après la pochette, car la littérature dit aussi avril pour la Floride… bref, c’est très important. Très peu de temps en tout cas, avant que n’ai lieu ce concert, le célèbre chanteur des Doors, Jim Morisson, avait été arrêté pour avoir montré sa zigounette sur scène. La peur et la panique s’étaient abattues dans les milieux des tourneurs et tous se posaient cette question angoissante « est-ce que cet horrible groupe que je viens d’embaucher va aller sur scène faire la même chose ? ». Quand Frank Zappa et son groupe arrivent, un redondant gros con de redneck impose une garantie à ce qu’il n’y ait pas de débordement licencieux sur scène. Son argument est froid et massif, c’est son fusil à pompe. Le serment que les Mothers of Invention vont réciter va être rédigé sur place et à la hâte par Frank Zappa, qui doit bien se bidonner dans cette chaleureuse ambiance.

OK, écoutez, ceci est très important. Ok, votre attention s’il vous plaît. Une importante déclaration publique. Il est pour moi nécessaire de vous dire maintenant qu’il y a une clause dans notre contrat pour ce soir ici, qui dit que si quoi que ce soit de cochon se passe sur scène, des choses terrible nous arriveront. Sûr. Nous voulons juste, juste vous assurer que notre seul intérêt ici, et de faire du bon boulot, pour vous. Toutefois, il est néanmoins nécessaire de prouver nos bonnes intentions avant que nous ne commencions, en récitant notre Serment de Loyauté Anti-Grossièreté des Mothers of Invention. Que les membres de notre combo rock veuillent bien répéter après moi : Je soussigné, jure solennellement ici, en accord avec les règles du contrat d’engagement de ce groupe de rock’n’roll, et les lois imbéciles de l’état de Floride, et règlements respectifs perpétrés par des rednecks de partout, jure, ici, solennellement, sous aucune circonstance, de ne pas révéler mon robinet, mon rouleau, mon zob, mon zizi, et-ou pénis nulle part sur cette scène ! Ceci n’inclut pas les démonstrations privées dans la chambre d’hôtel !

Dans cet album, Frank Zappa choisi The Poodle Lecture, ou la genèse du caniche d’après sa fantaisie. Comme le pécari, le marlin, l’arbre, la montagne, le poney nain, la lamproie, et j’en oublie sans doute, le caniche est un élément animal obligatoire sur le totem de Frank Zappa. Et c’est dans l’origine de la tonte dudit canidé qu’il sexe-plique.

- Au tout début, dieu créa la lumière, peu de temps après ça, dieu fit trois grosses erreurs. La première erreur était appelée Homme, la deuxième erreur était appelée Femme. Et la troisième erreur fut l’invention du caniche. La raison pour laquelle le caniche fut une si grosse erreur, c’est que dieu voulait au départ réaliser un Schnauzer, mais il a merdé. Bon, il y a très longtemps, le caniche était un chien très attirant. Le caniche avait les poils également répartis sur son petit, et piquant corps canin… c’est comme ça qu’c’était, le caniche était un chien d’aspect très normal. Vous le savez, et je pense que toi aussi.
- Oh, il faut que je t’embrasse ? ok.
- De toute façon, écoutez. Le caniche était plutôt beau, vous savez, les autres chiens qui traînaient dans le voisinage qui regardaient le caniche, n’en pensaient rien de spécial, il ne se moquaient pas de lui dans le temps. Mais la Femme, comme vous le savez, a toujours été bien plus intelligente que l’Homme. (je proteste)
- Ce truc est très mauvais pour toi, jette-le. Ok…
- Bon tu interromps mon histoire, alors écoutez.
- Qu’est-ce que c’est ça ? c’est la tour du pouvoir ou quoi ? oh non, non, c’est un de ces appareils à dope, vires nous c’truc ! Écoutes.
- La Femme a toujours été bien plus intelligente que l’Homme, vous savez que c’est vrai, et il en était ainsi depuis le début des temps : L’homme ferait n’importe quoi, pour une chatte ; c’est pourquoi la Femme a toujours eu le contrôle sur lui. Au début, la
Femme a regardé l’homme droit dans les yeux, et a dit « je vais te dire, pourquoi tu vas pas trouver un boulot, parce que, je pourrais avoir l’utilité de quelques jolies choses dans la maison. Ce dont j’ai principalement besoin, c’est… une tondeuse, des ciseaux, et une paire de pince à épiler incrustées de zircon, merci beaucoup ».
- Et bien sûr, l’Homme a fait son devoir, comme ils disent dans l’tiroir, il est sorti et s’est trouvé un bon dieu d’boulot, à pousser un balais pour un dollar ou deux 98 de l’heure. il a ramené son argent dans le jardin d’éden, et donna cet argent à la Femme. La Femme sorti par derrière en courant, alla directement au magasin, se procura la tondeuse, les ciseaux, et la pince à épiler incrustée de zircon, et elle revint, et tandis que l’Homme était très fatigué par son boulot, pendant qu’il dormait, la Femme s’empara du caniche. Parce que la femme avait remarqué plus tôt, que la longueur et les proportions de l’appendice oral du caniche, la langue du chien en d’autre mots mesdames et messieurs, était tout à fait à son goût, excepté que ce chien avait trop de satanés poils sur lui, il n’avait pas ce look disco qui est si populaire de nos jours. Et donc la Femme entreprit de modifier, le chien susnommé. Laissez moi utiliser… une aide visuelle…
- Bon, elle prit le chien, et elle le rafraîchit un petit peu. Voyez, elle enleva un peu de la partie arrière, là, autour du cou, le thorax, les pattes, elle se débarrassa de toute la matière non désirée de cet endroit que nous appellerons burbank. Puis elle positionna le p’tit salaud comme ça en l’air, très joli, elle lui mit la gueule comme ça, et s’accroupit pile dessus… regardant dans les yeux du chien, elle regarda dans les yeux du chien, et savez vous ce qu’elle lui dit, elle lui dit.

Elle lui dit... Gimme your dirty love, refrain du titre qui suit.

(...)

Citation : « Il y a des gens qui s’énervent quand on parle de choses de nature sexuelle parce que ce n’est tout simplement pas quelque chose dont on parle, et les gens que ça énerve le plus sont les journalistes – il y probablement une raison profondément psychologique à ça ; le public aime tout simplement ça, lui. »

On ne pourra plus jamais faire cela sur scène, c’est ainsi. Il se fait tard et le temps presse Frank Zappa de s’accommoder de sa santé déclinante, qui conditionne son rythme de travail. Nous terminons notre survol de la série YCDTOSA, qui résume 25 années de scène en 6 volumes de deux albums. Cet ultime volume 6, dans les bacs en ce mois d’août 92, est dédié comme on l’a vu aux chansons d’amour avec un grand X, sujet fécond par excellence pour Frank Zappa qui se veut le chantre du puritanisme américain. The Illinois Enema Bandit, qui ouvre le deuxième disque de cet album, est un morceau culte dans ce domaine, un morceau qui apparaît sur l’album Frank Zappa in New York, où le présentateur Don Pardo est mis en scène par Zappa pour dramatiser l’action, souvenez vous…

|Et maintenant les amis, il est temps pour Don Pardo de délivrer notre annonce spéciale Bandit au lavement de l’Illinois ! Allez vas-y, Don
- "Ceci est une histoire vraie, au sujet d’un célèbre criminel de la région de Chicago.
Ceci est l’histoire de Michael Kenyon, un homme qui fait sont temps sous les verrous en ce moment même pour le crime de vol à main armée.
Il se trouve, qu’à l’époque de ces vols, Michael, décida d’administrer à ses victimes femelles, un petit lavement.
Apparemment, il n’y avait pas de loi contre ça, mais son nom survit. Michael Kenyon, LE BANDIT AU LAVEMENT DE L’ILLINOIS !"

Comme souvent, les histoires les plus farfelues sont issues de la réalité, et un retour en arrière s’impose pour pénétrer le sens. Vas-y, euh, machin…

- C’est Associated Press qui mentionne l’affaire le 5 avril 1975. Mais de plus amples détails sont fournis par des correspondances avec l’ancien agent du FBI John Finley. Michael Kenyon est un petit criminel qui a administré de force des lavements à au moins deux douzaines de victimes, principalement des étudiantes, entre 1965 et 1975. Se cachant le visage avec un masque de ski, il rentrait par effraction dans la chambre d’une femme, l’attachait et se mettait au boulot avec ses tubes en caoutchouc. Une partie de son rituel était de ne voler qu’un seul objet à ses victimes ; puis, laissant l’étudiante ligotée et terrifiée, il allait parfois téléphoner à la police pour annoncer son crime.
Le Bandit au lavement a commencé à frapper pendant qu’il était étudiant à l’université de l’Illinois. Kenyon a commit une douzaine d’attaques de 1965 à 1969, avant d’obtenir son diplôme en comptabilité. De l’université, il alla à l’armée, avant de gagner sa vie à plumer les gens comme employé de l’Internal Revenue Service (le fisc). Tout au long des postes qu’il a occupé dans le pays, les attaques au lavement ont eu lieu à Los Angeles, Manhattan (Kansas), et Norman, Oklahoma. A une occasion, il administra un lavement à une fille dans un train se rendant en Floride.
Au mois de mai 1974, le Bandit était de retour chez lui, attaquant plusieurs étudiantes de l’université de l’Illinois en une seule nuit. La police fit très peu de progrès pour retrouver le coupable, jusqu’à ce que Kenyon soit arrêté, suite à deux cambriolages près d’une ville de l’Illinois du nom de Champaign, en avril 1975. Quelqu’un avait remarqué la similitude des méthodes d’effraction avec celles du Bandit au lavement, et Kenyon fut reconnu coupable de vol et coups et blessures. Il fit six années de prison, et fut libéré sur parole en 1981. L’agent John Finley note que Kenyon était abonné à Enema Digest, un magazine pour ceux qui se vouent aux sports aquatiques ! Aucune attaque au lavement n’a été recensée depuis 1981.

Merciiieu… truc. Cette version du Bandit de L’Illinois, est enregistrée en décembre 1984, à l’amphithéâtre Universal de Los Angeles, avec Ike Willis, Ray White, Bobby Martin, Alan Zavod, Scott Thunes et Chad Wackerman ; on y est gratifié d’un solo de guitare bien rugueux comme on les aime, de prestations vocales terribles, et d’une orchestration plutôt coolesque. Dans le procès imaginaire qui prend place dans la chanson, des dames dans la salle réclament le pardon du bandit… pour des raisons éminemment… personnelles…

(...)

titre album durée
The Downtown Talent Scout YCDTOSA vol.6 Scout 4’01’’
My guitar wants to kill your mama YCDTOSA vol.5 2’12’’
The M.O.I. Anti-Smut Loyalty Oath YCDTOSA vol.6 3’01’’
The Poodle lecture YCDTOSA vol.6 5’02’’
Dirty Love YCDTOSA vol.6 2’40’’
Magic Fingers YCDTOSA vol.6 2’21’’
The Illinois Enema Bandit You can’t do that on stage anymore vol. 6 8’05’’
Thirteen You can’t do that on stage anymore vol. 6 6’09’’
Black Napkins You can’t do that on stage anymore vol. 6 5’22’’

P.-S.

Bibliographie :

- The Real Frank Zappa Book, de Frank Zappa et Peter Ochiogrosso, Poseidon Press 1989 ;
- Frank Zappa a Visual Documentary, ainsi que Frank Zappa In his Own Words, par Miles, Omnibus Press 1993 ;
- Zappa Electric Don Quixote, par Neil Slaven, Omnibus Press 1996 ;
- Frank Zappa Companion, de Richard Kostelanetz, Omnibus Press, 1997
- Corrected Copy, Hambourg 1977

Remerciements : Bruno Degaille, Bruno Méria.

liens :
- http://www.zappa.com/
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (incontournable)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)